La dernière victime de la folie «tirons sur le messager» qui frappe régulièrement le Net est TeacherReviews.com, un site qui permet aux étudiants de partout dans le monde de publier une évaluation de leurs professeurs. Un des professeurs ainsi évalué poursuit le webmestre pour diffamation.
Cette poursuite n'est pas sans rappeler les nombreux démêlés avec la justice de Valentin Lacambre, le désormais célèbre webmestre de Altern.org. Cet hébergeur gratuit français a maintes fois été la cible de poursuites concernant des photos ou des textes qui étaient placés sur son serveur et rendus publics par des inconnus.
Bien que sa situation soit légèrement différente de celle de Valentin Lacambre puisqu'il s'agit d'un site plutôt que d'un hébergeur et qu'il est régi par la loi américaine plutôt que française, Ryan Lathouwers, le créateur de TeacherReviews.com emploie sensiblement les mêmes arguments. En aucun cas, dit-il, le «contenant» ne devrait être visé sur Internet.
Selon l'un de ses avocats, Bernard Burk, le Communication Decency Act adopté par le Congrès en 1996 est clair à ce sujet: contrairement aux médias traditionnels (télévision, journaux, magazines, etc.), les sites Web ne peuvent être poursuivis pour ce qu'un tiers y a publié. Cette exception spécifique à l'intention du Web est facilement compréhensible: tout le contenu publié dans un média écrit passe nécessairement sous le nez d'au moins un employé de l'entreprise, tandis que sur le Net, c'est généralement un script qui effectue le boulot, comme dans le cas d'un forum ou des évaluations de TeacherReviews.com.
Le professeur en question, Daniel Brown-Curzon, ne voit pas l'affaire du même oeil. Selon lui, «il y a des crimes commis sur TeacherReviews [...]. Il y a des choses cruelles, méchantes et vicieuses faites à certaines personnes, des choses que l'on ne pourrait jamais dire en personne à quelqu'un».
«Vous pouvez appeler ça la liberté d'expression, mais vous ne pourriez pas dire ça en personne. Vous ne pourriez pas l'écrire, vous ne pourriez pas laisser une note, vous ne pourriez pas laisser un message sur le répondeur du professeur, vous ne pourriez pas l'imprimer. Vous pouvez seulement le dire dans le cyberespace», poursuit-il.
Le créateur du site se défend bien d'avoir créé un outil de vengeances personnelles. Selon lui, sa seule intention était de permettre aux étudiants qui doivent choisir leurs cours de faire un choix plus éclairé.
Jean-François Codère
L'article de ZDTV
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