(AFP) Les internautes ont beau être des spécialistes du courriel et autres contacts électroniques, rien ne remplace une bonne vieille poignée de main, comme le prouve le succès grandissant des rencontres «First Tuesday» pour marier les idées et l'argent.
Lancées à Londres il y a deux ans par quatre jeunes passionnés des nouvelles technologies, sortis d'Harvard ou Cambridge, ces réunions sont prises d'assaut tant par les entrepreneurs du Web en mal de financement que par de vieux briscards de la finance à l'affût de la future start-up millionnaire.
Mensuelles au départ, les rencontres sont maintenant hebdomadaires et commanditées par Microsoft, Oracle ou Crédit Suisse First Boston. Le réseau, doté de son propre site Web, a essaimé dans toute l'Europe et des rencontres similaires se tiennent dorénavant à Paris, Berlin ou Rome.
«Nous avons près de 40 000 adhérents, dont 6 000 fonds de capital-risque, business angels (réseaux de parrainage) et autres investisseurs sur l'Internet», explique l'un des fondateurs, l'Américain John Browning, ancien journaliste du magazine britannique The Economist.
À Londres, où les organisateurs ont également lancé le mercredi les «Wireless Wednesday» pour les mordus de l'Internet sur portable, le succès est tel que les lieux de rendez-vous sont tenus secrets jusqu'à la dernière minute, comme pour un rave.
La semaine dernière, ils étaient 1 300 inscrits pour seulement 800 places disponibles au Kensington Town Hall, en plein centre de Londres. Bières fraîches au bar, petits fours pour faire durer les trois à quatre heures de discussions, les heureux élus, tirés au sort, chassent les contacts, les financements et les clients.
L'arme est la carte de visite, dégainée à tout bout de champ, quand ce n'est pas l'agenda électronique. Beaucoup plus chic.
Comment reconnaître son interlocuteur? Facile, il suffit de jeter un coup d'oeil discret aux revers des vestons. Chaque participant arbore une pastille de couleur différente selon son activité: rouge pour les investisseurs, vert pour les entrepreneurs, jaune pour les consultants ou journalistes.
«L'objectif est de rencontrer le plus de personnes possible et de prendre le plus grand nombre de cartes de visites», explique un assidu, Kyle, 31 ans, petites lunettes rondes vissées sur le nez et grande sacoche en toile sur l'épaule, genre décontracté.
«C'est idéal pour se faire des contacts», ajoute ce créateur de logiciels pour le commerce électronique. «Même si on passe son temps derrière des écrans et qu'on discute par e-mail, quand il s'agit de monter des affaires et de trouver de l'argent on a besoin d'être face-à-face.»
«Le plus difficile c'est de pouvoir discuter plus de cinq minutes avec la même personne. Ici, c'est la chasse à l'homme!», s'amuse Kyle.
Pascal Lorne, lui, est venu de Marseille où il dirige un moteur de recherches de cartographie sur Internet, ismap.
«On ne sait jamais sur qui on peut tomber, ni quelle nouvelles idées on va trouver. Les affaires vont tellement vite dans ce secteur», observe-t-il. «C'est toujours intéressant de parler avec des capital-risqueurs ou d'autres spécialistes de l'Internet».
Les puristes commencent à grogner. «Il y a trop de monde et c'est devenu beaucoup trop médiatique, certains viennent parfois même seulement pour draguer», regrette Simon Hossell, un jeune Britannique basé à Paris.
Il regrette le temps où «nous étions une petite centaine à nous réunir dans les pubs à Londres». Cette année, l'un des organisateurs de First Tuesday a même été invité au prestigieux Forum international de Davos, en Suisse.
© 1999 AFP