Les brevets d'Amazon.com font du bruit

À force d'insister, le gourou du logiciel libre, Richard Stallman, aura fini par se faire entendre. La guerre qu'il mène envers Amazon.com à propos de certains brevets a trouvé écho en haut lieu. Si tout ce qui se promet se met en branle, Stallman pourrait même être convoqué au Congrès américain dans quelques temps.

Initiateur du projet GNU, qui a éventuellement mené à la création du système d'exploitation aujourd'hui connu sous le nom de Linux, Richard Stallman est tout naturellement perçu comme un des plus grands opposants des technologies propriétaires et des brevets. L'obtention par Amazon.com d'un brevet sur sa technologie 1-Click au mois de septembre dernier a mis le feu aux poudres et Richard Stallman avait alors déclenché une campagne de boycott à l'endroit d'Amazon.com.

L'obtention par Amazon.com d'un second brevet controversé, concernant cette fois un programme d'affiliation, a jeté de l'huile sur le feu pour finalement déboucher, la semaine dernière, sur une lettre ouverte, écrite par le populaire éditeur de livres informatiques Tim O'Reilly à l'endroit de Jeff Bezos, fondateur et P.D.G de Amazon.com. Dans cette lettre, Tim O'Reilly demande à Jeff Bezos de libérer ces brevets, qui ne feront que lui nuire à long terme de toutes façons.

Jeff Bezos a répliqué de la même façon, en publiant lui aussi une lettre ouverte sur son site. Rejetant d'emblée l'idée d'abandonner ses brevets, il propose plutôt une réforme de tout le programme d'obtention de brevets pour les méthodes d'affaires et les logiciels. Sa proposition, qu'il dit avoir déjà commencé à soumettre à des membres du Congrès, se résume pour le moment à quatre points:

  • La loi devrait reconnaître le caractère unique des brevets sur les logiciels et les méthodes d'affaires;
  • Réduire la durée de vie des brevets à trois ou cinq ans pour les logiciels et les méthodes d'affaires, plutôt que les 17 années actuelles;
  • Que cette durée de vie limitée soit rétroactive lors de l'adoption de la loi, de manière à ce que tous les brevets déjà accordés voient leur période d'exclusivité diminuée;
  • Que l'attribution de tels brevets soit sujette à des audiences publiques d'au moins un mois, qui permettraient par exemple de relever des cas où la technologie à être brevetée à déjà été utilisée par d'autres compagnies avant le dépôt de la demande, ce qui annulerait sa validité.
  • Tim O'Reilly, qui a entretemps eu l'occasion de s'entretenir avec Jeff Bezos de la nature exacte des brevets de Amazon.com, a appuyé cette proposition. Toutefois rappelle-t-il, celle-ci ne doit pas servir à détourner les regards du public vers Washington au profit d'Amazon.com.

    Il est important de bien saisir l'essence des deux brevets controversés obtenus par Amazon.com. Très vagues et inclusifs à la lecture des papiers officiels, il semble qu'ils soient en réalité beaucoup plus spécifiques et, donc, légitimes.

    Le premier d'entre eux, concernant 1-Click, restreint à première vue l'utilisation de fichiers témoins (cookies) comme raccourci permettant d'éviter au consommateur de toujours avoir à saisir toutes les informations nécessaires à l'envoi de sa commande. En réalité selon ce que Tim O'Reilly rapporte des propos de Jeff Bezos, ce qui démarque la technique d'Amazon.com de celles utilisées par d'autres sites marchands, ce qui est par conséquent breveté, c'est qu'Amazon.com limite au maximum les étapes de confirmation.

    La même logique s'applique pour le second brevet obtenu par Jeff Bezos, concernant le programme d'affiliation. Ce qui distingue celui du libraire en ligne, c'est qu'il permet à ses membres d'avoir leur propre petite librairie virtuelle sur leur site, sans avoir à négocier d'entente commerciale particulière avec Amazon.com.

    Les deux comparses se disent donc prêts à aller, ensemble, soumettre la proposition aux élus américains. Évidemment, les résultats ne sont pas pour demain, mais ils pourraient grandement modifier l'avenir du Web.

    Jean-François Codère


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