(AFP) En décidant d'ouvrir la publicité télévisée aux sites Internet de la presse, de l'édition, du cinéma et de la distribution, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a jeté un pavé dans la mare, s'attirant notamment les foudres de la presse régionale inquiète de devoir partager une part du gâteau publicitaire.
Jusqu'ici interdits d'écran, des sites comme Liberation.fr ou houra.fr/, site de commerce électronique lancé par le groupe de distribution Cora, vont pouvoir accéder au média de masse qu'est par excellence la télévision.
Jugée «précipitée» par pous ceux qui risquent de souffrir de la concurrence, cette décision du CSA, prévue pour une période de 18 mois, ouvre ainsi une brèche dans le décret de 1992, qui fixe les modalités de la publicité à la télévision.
Pour justifier sa décision, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) fait valoir qu'il entend ainsi «accommpagner le développement de ce nouveau secteur, dans des conditions d'égalité de concurrence».
Les sociétés commerciales d'Internet, les fameuses «dot.com», ont investi massivement les grands médias depuis le milieu de l'année dernière, soit sept fois plus entre janvier et octobre 1999 que durant la même période de 1998, selon l'institut Secodip.
Ce sont les patrons de la presse nationale qui ont poussé à la roue, estimant que les télés et radios, vantant leurs sites d'infos sur le petit écran, leur livraient une concurrence déloyale. Le syndicat de la presse magazine et d'information (SPMI) s'est d'ailleurs félicité de cette initiative, qui lui permet d'aborder «dans des conditions normales de compétition» un marché porteur.
Inquiétude de la presse régionale
En revanche, la décision du CSA d'inclure la grande distribution dans cette dérégulation a fait bondir les responsables de la presse régionale. Déplorant «le manque de concertation», le syndicat de la presse quotidienne régionale s'inquiète de voir une partie de la manne publicitaire lui échapper au profit de la télévision.
«La grande distribution représente 35% des recettes publicitaires de la presse régionale et 30% de celles des radios», a indiqué à l'AFP Jean-Louis Prévost, président du SPQR et président directeur général de La Voix du Nord. «Il est évident qu'il y a des budgets publicitaires qui vont être captés par ces nouveaux supports que sont la télévision et Internet».
Même écho du coté du secteur radio, qui estime que «le CSA bouscule l'économie des médias». Pour le Sirti, syndicat des radios et télévisions indépendantes, c'est la radio qui en sera «la première affectée».
Les géants de la distribution se veulent pour leur part rassurants. Le groupe Carrefour, numéro deux mondial de la distribution, qui prévoit d'ouvrir son site courant 2000, affirme aborder cette nouvelle étape sans exclusive.
«Nous réalisons 500 milliards de francs (107 milliards$ CA) de chiffre d'affaires avec nos magasins et la presse, l'affichage et la radio restent des supports que nous utilisons couramment», fait-on valoir chez Carrefour. «C'est quelque chose de fondamental que nous allons continuer, assure-t-on.
Tout comme le marché de l'édition, le secteur du cinéma ne voit pas d'un bon oeil l'ouverture de la publicité télévisée aux sites du cinéma. Pour les professionnels, c'est surtout la porte ouverte au cinéma américain et aux films à gros budgets. La Chambre syndicale des producteurs et exportateurs de films français demande ainsi «des mesures d'accompagnement en faveur de la diversité culturelle».
© 1999 AFP