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Interrogations sur le réseau Echelon au Parlement européen

Canoë 
23/02/2000 17h02 

(AFP) L'existence et l'activité du réseau anglo-saxon Echelon d'espionnage de télécommunications au niveau mondial, avec des visées économiques et commerciales selon un spécialiste, a été au centre d'une audition publique au Parlement européen, aujourd'hui à Bruxelles.

Invité vedette de la commission des libertés, le journaliste britannique Duncan Campbell est venu présenter aux parlementaires un résumé du rapport sur Echelon qu'il a réalisé pour les services du Parlement.

«De nouvelles preuves sont apparues» sur l'existence d'Echelon, depuis les précédentes informations de 1998, a affirmé d'entrée M. Campbell. «Une partie de la vocation de ces installations est commerciale», a-t-il dit, en insistant sur cet aspect, alors que les gouvernements font traditionnellement valoir des impératifs de défense.

Selon l'étude, le réseau Echelon permet d'intercepter dans le monde entier les communications transmises par voie satellitaire, qu'il s'agisse de messages téléphoniques, de fax ou du courrier électronique. L'interception se fait par l'intermédiaire d'un réseau de stations d'écoutes. Le document mentionne plusieurs firmes, comme Thomson CSF ou Airbus Industries, qui auraient été victimes d'espionnage économique.

Echelon existe depuis les années 1970 et a été fortement étendu de 1975 à 1995, indique le rapport, qui mentionne un certain nombre de sites Echelon.

Toujours selon l'étude de Duncan Campbell, le système a été développé dans le cadre d'un accord secret de coopération en matière d'espionnage des communications passé en 1947 entre les États-Unis et le Royaume Uni, rejoints plus tard par le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. L'existence de cet accord, baptisé UKUSA, a été reconnu en mars 1999 par le gouvernement australien, selon M. Campbell.

Les activités d'espionnage des communications constituent «la dernière zone grise où les États fonctionnent à l'écart de la loi», a estimé Duncan Campbell.

Il a conclu sur l'importance pour l'Union européenne de s'en tenir à «une position ferme sur la protection de nos communications à tous les niveaux, en ne cédant jamais aux besoins en matière de renseignements des États tiers». Il a mis ainsi l'accent sur les techniques de cryptage avancées, qui permettent de se protéger des interceptions, mais contre lesquelles les Américains exercent une forte pression.

Les parlementaires de la commission des libertés se sont unanimement inquiétés du contenu du document.

Le président de la commission, le libéral britannique Graham Watson, a jugé «honteux que les gouvernements ne se montrent pas plus ouverts sur ce qu'ils font dans ce domaine» et il a évoqué la possibilité de créer un organe de surveillance au niveau européen.

Il appartient maintenant aux groupes politiques du Parlement de donner une suite à l'audition de mercredi, alors qu'au cours des débats, plusieurs intervenants ont critiqué l'inaction de la Commission européenne et des États membres.

La Commission et le Conseil des ministres pourraient donc être invités à venir s'expliquer rapidement devant le Parlement et cette fois en séance plénière. Du côté des Verts, on a réclamé la constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur Echelon.

Le rapport de Duncan Campbell fait partie d'une série de quatre études réalisées pour le comité d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (STOA) du Parlement européen. La commission parlementaire a débattu pendant deux jours de la protection des données et de la vie privée.

Copyright © 1999 AFP

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