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Vivendi-Vodafone: un contrepoids à AOL Time Warner?

Canoë 
31/01/2000 17h00 

(AFP/MM) Le groupe français Vivendi, courtisé à la fois par l'Allemand Mannesmann et le Britannique Vodafone AirTouch, a révélé dimanche qu'il s'alliera avec ce dernier. Grâce à la synergie entre les deux groupes, l'Internet de demain pourrait passer d'abord par le téléphone mobile. De plus, l'Europe constituerait un géant des télécommunications devant les États-Unis.

Les deux groupes prévoient créer une société commune provisoirement baptisée MAP (multi access portal). Cette alliance surprise vise à offrir à tous les consommateurs européens la possibilité de communiquer par l'Internet sur une multitude d'écrans, télévisions, téléphones mobiles ou ordinateurs, ont expliqué les deux groupes. «Avec plus de 70 millions d'abonnés européens dès le départ, et 100 millions très rapidement, nous allons accélérer le passage de l'Europe à la deuxième génération d'Internet, et présenter une marque qui deviendra supérieure à tous les Yahoo! du monde», a affirmé le P.D.G. de Vivendi, Jean-Marie Messier.

L'intérêt d'un rapprochement de Vivendi avec avec la compagnie britannique Vodafone vient de ce qu'il ouvrira au groupe français les portes de l'énorme marché britannique de la téléphonie mobile: Vodafone, s'il l'emporte sur Mannesmann, sera en effet contraint de céder Orange, le quatrième réseau britannique, avec cinq millions d'abonnés. Ce qui permettra à Vivendi d'accroître sa présence outre-Manche. Le groupe français possède également 24% de la télévision britannique par satellite BSkyB.

Jean-Marie Messier («J2M» pour les intimes) a insisté récemment sur l'intérêt que son groupe portait au multimédia et aux activités Internet, qui, a-t-il souligné encore vendredi dernier lors d'un colloque au Sénat français, ne «peuvent être dissociés des activités télécommunications». Vivendi vient d'annoncer le regroupement des activités Internet des différentes filiales de son groupe, au sein d'une structure baptisée Vnet et contrôlée à parité par Vivendi et la chaîne télé Canal+. Vivendi est autant présent dans les contenus que dans les télécommunications: il possède notamment 49% de Canal+ et le groupe de presse et d'édition Havas.

Dans les télécommunications, Vivendi compte en France 7,2 millions d'abonnés à SFR (service de téléphonie mobile de Cegetel) ainsi qu'environ un million à la téléphonie fixe de Cegetel, et est donc dans ce domaine le deuxième groupe français derrière France Télécom. Les différentes chaînes payantes de Canal+ en Europe représentent 13,6 millions d'abonnés. Si l'on ajoute les réseaux de Vodafone et Mannesmann, Vivendi pourrait profiter à plein des convergences entre la téléphonie mobile et Internet, et compter un portefeuille de plus de 40 millions d'abonnés en Europe.

Comme le souligne aujourd'hui le quotidien parisien Libération, «Contrairement aux Américains, très en retard en matière de sophistication du mobile, les Européens investissent, eux, dans toutes les technologies susceptibles d'adapter l'Internet et ses services au portable. Bref, Vodafone apporte ses mobiles, Vivendi la télévision et les contenus (500 millions de pages Internet vues par mois en 2001).» De quoi répondre, sur le plan européen, à la fusion entre les mastodontes américains AOL et Time-Warner annoncée le 10 janvier dernier – voir la dépêche de l'Agence France-Presse (AFP).

Un analyste du quotidien Le Monde affirme que «Demain, l'accès le plus courant à Internet se fera via un téléphone mobile. Cet appareil devrait être possédé, d'ici à 2003, par près de 60% de la population européenne. Il reste aux financiers à inventer des montages complexes dans lesquels la valorisation boursière des filiales de téléphonie mobile et des filiales Internet se nourrissent mutuellement. Le risque est que l'on compte deux fois le même abonné: une fois parce qu'il détient un téléphone mobile, une autre fois parce qu'il s'en sert pour accéder à Internet.»

Vivendi se trouvait depuis plusieurs semaines au milieu de la bataille entre Vodafone et Mannesmann. Vodafone a lancé le 19 novembre dernier une gigantesque offre publique d'échange (OPE) hostile de plus de 900 milliards de francs (plus de 192 milliards$ CA) sur Mannesmann, deuxième opérateur allemand de téléphonie fixe et leader dans le domaine de la téléphonie mobile.

Les chances de Mannesmann d'échapper aux griffes de Vodafone AirTouch s'amenuisent après l'alliance du groupe britannique avec le français Vivendi, mais l'Allemand n'a pas dit son dernier mot, ont estimé aujourd'hui des analystes interrogés par l'AFP. Vodafone a trouvé «le bon partenaire au bon moment», c'est-à-dire une semaine à peine avant la clôture de l'offre lancée par lui sur le groupe de Duesseldorf (ouest), et «copié la stratégie de Mannesmann en mettant l'accent sur la téléphonie mobile et l'Internet», estime Robin Mc Cartney, analyste à la banque d'investissement Robert Fleming à Londres. Le patron de Mannesmann, Klaus Esser, qui a toujours réfuté être à la recherche d'un «chevalier blanc» pour contrer l'offre hostile du britannique, pourrait à son tour annoncer un partenariat, selon des spécialistes cités par l'AFP.

Vivendi est issu de la Compagnie générale des eaux (CGE), créée il y a 144 ans pour gérer la distribution de l'eau, qui a progressivement élargi sa palette d'activités pour devenir un géant multiservices de rang mondial. Rebaptisé Vivendi il y a deux ans, le groupe est présent dans la fourniture en eau potable, les travaux publics, le traitement des déchets, les médias, les télécoms et l'internet. Dans les métiers de la «nouvelle économie», il occupe une large place: télévision via Canal+, télécommunications fixes et mobiles via Cegetel et SFR, édition classique et multimédia via Havas, services d'accès à l'Internet via AOL France.

Copyright © 1999 AFP et Multimédium

 Pour en savoir plus: «Alliance Vivendi-Vodafone» (Yahoo! France)








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