(AFP) Le renforcement par la Chine, soucieuse de garder sa mainmise sur l'information, de sa réglementation sur Internet risque de ralentir les investissements étrangers mais, sur le long terme, cette mesure restera inefficace, estiment les experts à Singapour.
Pékin a annoncé une réglementation qui prévoit que toute information chinoise ne pourra plus être diffusée sur des sites connectés avec le reste du monde sans avoir reçu «l'autorisation du département chargé de la protection des secrets d'État».
«Ils essayent de couper court à tous les échanges de nature politique dans les forums de discussion et à toute contestation via les courriels. Voilà leur objectif», déclare à l'AFP Daniel Widdicombe, directeur de Bear Stearns Asia.
«Ainsi il est certain que, à court terme, ces règlements y parviendront d'une manière ou d'une autre», estime-t-il. Mais à longue échéance, poursuit Daniel Widdicombe, cette réglementation sera difficile a mettre en oeuvre car n'importe qui peut enregistrer et installer à l'étranger, aux États Unis notamment, des sites Web avec un contenu en chinois et envoyer des courriels à ses amis en Chine en les invitant à venir le consulter sur Internet.
Cette réglementation «va être très difficile à mettre en oeuvre c'est un peu comme si on voulait boucher une passoire», ajoute cet expert. Internet a en particulier été un instrument utilisé par la secte des Falungong interdite en Chine.
Piyush Singh, responsable Internet dans la branche Asie-Pacifique de la société International Data, souligne que l'objectif de la réglementation est clair «puisqu'il s'agit de contrôler l'information qui sort du pays».
«Mais ce qui est inclus dans les soi-disant informations sensibles ou les secrets d'État et la manière dont ils vont être contrôlés n'est pas très bien défini. Nous avons encore besoin de comprendre ce que sont ces domaines. Dans un sens, on pourrait tout y englober, ce qui est très général», a-t-il ajouté.
Pour Piyush Singh, Pékin était conscient du pouvoir Internet en demandant l'intégration de la Chine dans l'économie globale et «de ce point de vue, sur le plan des affaires, il est logique de rendre l'information accessible à chacun».
«La Chine essaye d'agir de manière équilibrée, d'un côté en annonçant par le passé des mesures de libéralisation et d'un autre côté en introduisant des restrictions sur Internet maintenant», ajoute-t-il.
Pour Daniel Widdicombe de Bear Stearns Asia, la nouvelle réglementation chinoise sur Internet, qui étend au cyber espace les règles draconiennes sur les secrets d'État en vigueur dans les médias traditionnels, va ralentir le développement des investissements étrangers dans le pays le plus peuplé du monde.
Mais il s'empresse d'ajouter que les activités «normales» d'Internet comme portails et les sites Web ne devraient pas être touchés.
«Si vous jouez le jeu vous pouvez faire des affaires en Chine. Le seul problème ce sont les abonnés qui eux ne voudront pas jouer le jeu et ils peuvent vouloir continuer a avoir des échanges de nature politique. Dans ces conditions il est certain que pour les opérateurs les choses vont devenir difficiles dans la mesure ou ils ne peuvent pas contrôler tous leurs abonnés», ajoute Daniel Widdicombe.
En tout état de cause, cette affaire de la réglementation chinoise sur Internet n'a pas découragé les opérateurs sur la Bourse de Hong Kong ou les valeurs technologiques ont été à la hausse jeudi tandis que les journaux du territoire ont vivement critiqué Pékin.
© 1999 AFP