Le marchand en ligne de jouets eToys.com a dit ne plus vouloir «faire avancer» la poursuite qu'il avait intenté contre le collectif d'artistes Etoy. Cependant, Etoy dit que le prix à payer pour la trève est trop élevé.
Selon Chris Truax, un des avocats du collectif, la proposition faite par le marchand de jouets est inacceptable. Selon lui, eToys demanderait à Etoy de placer certains contenus qu'elle juge inappropriés pour les enfants dans des endroits moins accessibles. La peur d'eToys est qu'à cause de la similitude entre leur adresse et celle d'Etoy, des enfants et des parents voulant aller sur son magasin en ligne se dirigent plutôt vers le site artistique.
«En d'autres mots, ils veulent contrôler des parties de ce que fait le groupe d'art médiatique qu'est Etoy et c'est inaccceptable, clamait Truax à Wired News. Je ne pense pas qu'eToys laisserait le contrôle de son catalogue en ligne aux artistes d'Etoy.»
eToys semble vouloir refermer la boîte de Pandore qu'elle a ouverte en poursuivant Etoy pour viol de marque de commerce, alors qu'Etoy utilisait le nom de domaine Etoy.com deux ans avant l'ouverture de la boutique virtuelle de jouets. La réaction de la communauté Internet contre cet affront à la liberté d'expression a été très vif et le portefeuille d'eToys a été violamment touché. Le titre de eToys a perdu près des deux tiers de sa valeur depuis le début de cette affaire. D'où la volonté de cesser les hostilités.
«Je suis surpris que le marché ait réagi ainsi mais il l'a fait, explique John Perry Barlow, co-fondateur de l'Electronic Frontier Foundation, un organisme voué à la protection des droits du public sur Internet. Cela démontre que les gens analysant la nouvelle économie ont compris qu'il fallait tenir compte de la communauté en ligne et que, si c'est le cas, cette communauté a plus de pouvoir que je ne le soupçonnait.»
Si eToys n'a pas encore abandonné la poursuite, c'est sans doute pour conserver un peu de pouvoir de négociation dans ses requêtes de relocalisation de contenu. Ses obligations envers ses actionnaires l'ont cependant ramené à la raison et la poursuite sera de toute évidence bientôt abandonnée.
Si les investisseurs comprennent que l'Internet n'est pas seulement un marché à percer mais avant tout une communauté, un ensemble de gens qu'il faut respecter, les gros joueurs de la nouvelle économie comprendront le message rapidement. La «main invisible du marché» tiendra-t-elle dans sa paume les droits des internautes? On ne peut que le souhaiter...
Dominic Fugère
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