L'industrie du cinéma américain sonne la charge face aux nouvelles possibilités de piratage des films sur support DVD: 71 personnes ou sites Web sont poursuivis pour avoir offert un outil de décryptage en téléchargement ou simplement présenté un lien vers de l'information sur le sujet, dont les magazines Slashdot et 2600.
L'outil en question, DeCSS, a été créé par deux programmeurs qui avaient, selon leurs dires, pour intention de créer un lecteur DVD pour le système d'exploitation Linux. Dès le lendemain de sa création, l'industrie du cinéma avait exprimé ses craintes.
Les films entreposés sur DVD (Digital Verstatile Disc) sont cryptés pour justement éviter les copies. Chaque logiciel ou appareil de lecture de DVD dispose de sa propre clé de décryptage, elle aussi cryptée. En étudiant celles-ci, les deux programmeurs en ont trouvé une qui n'avait pas été préalablement cryptée. À partir de celles-ci, ils ont réussi à en briser plusieurs autres. Ils ont par la suite diffusé leur découverte, notamment en en publiant le code source dans une liste de diffusion.
La poursuite déposée par la DVD Copy Control Association devant la Cour supérieure du comté de Santa Clara en Californie accuse les défendeurs de faciliter la copie illégale de DVD en rendant disponible DeCSS ou en y dirigeant consciemment un lien.
D'après un des dirigeants de Slashdot, visé par la poursuite, ce n'est qu'en raison du caractère un peu «pirate» de son site qu'il est poursuivi alors que d'autres ne le sont pas. Il existe d'autres sources plus «légitimes», notamment le site de Bruce Schneier, un expert en cryptographie dont le nouvel algorithme de cryptage pourrait officiellement être adopté par le gouvernement américain.
Les sites et individus qui ont collaboré lors de la demande initiale de retrait de l'industrie du cinéma sont épargnés par la poursuite. C'est notamment le cas de CNET Download.com, qui avait indexé DeCSS dans sa base de données avant de le retirer.
Selon Emmanuel Goldstein (surnom du patron de 2600), la DVD Copy Control Association risque de passer un mauvais quart d'heure s'il est démontré que DeCSS est le fruit d'une «création renversée» (reverse-engineering). Ce type de procédé, qui consiste à étudier un produit fini pour déduire le processus de création, est légal aux États-Unis.
Jean-François Codère
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