(AFP) Abreuvés de conseils sur les mesures à prendre pour minimiser les conséquences d'un éventuel bogue de l'an 2000, les Américains ont paisiblement stocké piles, conserves et bidons d'eau, et une infime minorité s'est préparée au pire.
Depuis des mois, journaux, télévisions et responsables gouvernementaux leur rabâchent les mêmes conseils: stockez de l'eau pour quelques jours. Munissez-vous de piles et lampes de poche. N'oubliez pas les bougies. Achetez des boîtes de conserve et faites le plein d'essence. Des dizaines de livres proposent conseils et scénarios plus ou moins catastrophiques et Internet est devenu le carrefour obligé des vendeurs de kits de survie.
Mais selon un sondage Gallup effectué mi-décembre, seulement 3% des Américains pensent que leur vie sera sérieusement affectée par le bogue. 44% envisagent des incidents mineurs, et 52% sont persuadés qu'il ne se passera rien.
Les distributeurs d'argent liquide n'ont pas été pris d'assaut, nulle file d'attente devant les stations service. Le seul signe palpable d'inquiétude est une augmentation des ventes d'armes à feu en décembre, sans que l'on sache vraiment quelle part y joue la peur du bogue.
Cette insouciance apparente commençait même ces derniers temps à préoccuper certains spécialistes.
«Il ne se passait rien, au point que nous nous demandions s'ils allaient jamais commencer à prendre des précautions», explique à l'AFP Cathy Hotka, vice-présidente de la Fédération nationale de la distribution, qui regroupe des dizaines de milliers de commerçants.
Mais, ajoute-t-elle, «depuis le 23 décembre, l'activité s'est intensifiée. Ils achètent des piles, des boîtes de conserve, des lampes de poche et de l'eau. En quantité raisonnable. Ils suivent nos conseils, sans paniquer».
Joinie Blank, une quadragénaire employée des postes de Washington, a effectivement stocké conserves, couvertures et piles. «Je suis inquiète parce que (le bogue) peut affecter des tas de choses que nous pensons acquises comme l'électricité, le chauffage et le téléphone», dit-elle.
Damian Connor, étudiant à l'Université du Maryland (est), hausse les épaules. Il n'a rien fait. Il fait confiance aux autorités, qui affirment chaque jour que le pays est prêt, et semblent désormais plus préoccupées par le risque d'attentats terroristes.
Jodie Schauman, 36 ans, maquilleuse, affirme pour sa part s'être préparée «comme pour une tempête».
Mais à Takoma Park, dans la banlieue de Washington, John et Lawrice Dolan travaillent depuis des mois. Dans leur salon, un poêle à bois a été installé. Dans leur jardin, un générateur flambant neuf.
Mercredi, Lawrice, 52 ans, finissait avec son fils de 15 ans des stocks impressionnants: des centaines de litres d'eau, des pâtes, riz, boîtes de lait, papier toilette pour trois personnes pour un mois, et... des vitamines pour trois mois.
Son mari, conseiller fiscal, est allé à une réunion locale de préparation au bogue, a acheté un réchaud et remis en état leurs vieilles lampes à huile. Il a aussi acheté un équipement spécial pour brancher son ordinateur sur son générateur, pour travailler quoi qu'il arrive.
Ont-ils des armes? Le sujet est tabou.
Mais Lawrice s'inquiète de «ce qui pourrait arriver si les gens commencent à avoir peur. Si, dans les quartiers difficiles, ils commencent à manquer de nourriture, n'ont plus d'électricité, ne vont plus travailler».
Elle redoute également que le bogue déclenche inopinément des tirs de missiles.
«Je sais, dit-elle, que nous faisons partie d'une minorité. Et je serai la plus heureuse du monde si tout cela ne sert à rien».
© 1999 AFP