(AFP) Au coeur du parc Fili, à l'ouest de Moscou, le marché Gorbouchka s'étend en plein air sur plusieurs hectares. Des dizaines de milliers de disques, cédéroms et cassettes vidéos piratés couvrent les étals de fortune des centaines de stands. Au vu et au su des autorités.
Même par quinze degrés C en dessous de zéro, une foule bariolée de mélomanes, d'informaticiens et de cinéphiles vient chaque semaine investir ses roubles dans ces copies bon marché. Le prix des disques vaut effectivement le détour: en moyenne 50 roubles (moins de 2 dollars) pour les derniers standards de la pop mondiale, du rap, de la techno, comme pour les plus classique du baroque ou du romantisme russe.
La palme revient pourtant aux vendeurs de cédéroms. Les logiciels les plus performants du monde, les derniers jeux en vitrine à Houston, tout est là au même prix que les simples CD, 50 roubles le disque. Seulement les différences de prix sont encore plus flagrantes: le double cédérom Microsoft «Standard office 2000», qui se vend avec sa licence à partir de 430 dollars, revient à Moscou à 100 roubles (4 dollars).
Les prix des copies est partout le même à Gorbouchka, que ce soit pour «Office pro 2000» ou encore pour «Adobe 1ère 5.1», sorti sur ce marché en plein air avant sa sortie officielle dans beaucoup de pays d'Europe, mais qui se vend en ligne pour 580 dollars, et qui coûte à Moscou cent fois moins cher... Les copies sont plus vraies que nature, tant pour la qualité des programmes que pour les pochettes.
Si les rumeurs sur les virus et les logiciels défectueux vont bon train dans les allées de Gorbouchka, tous les clients ne s'inquiètent pas: «Il ne faut pas avoir peur des virus, explique Charles, un étudiant français à Moscou, les Russes s'approvisionnent tous ici, il serait pour eux inconcevable d'acheter un cédérom avec sa licence originale. Qui plus est, les achats sont garantis deux semaines, il suffit de noter le numéro du stand.»
L'ironie est poussée à son comble dans la mention «reproduction interdite» qui estampille chaque produit vendu.
Les vendeurs sont bien conscients de la nature de leur marchandise: «Bien sûr ce ne sont pas des copies légales. La police a fait plusieurs saisies sur le marché, mais c'est simplement pour faire plaisir aux deux Bills (Clinton et Gates), explique Sacha, un jeune vendeur. L'État ferme les yeux, car il sait trop bien que l'industrie pirate permet à beaucoup de monde de survivre, et à tous de s'équiper pour moins cher.»
Selon les données du Business Software Alliance, une association internationale de producteurs de logiciels, les produits piratés sont en augmentation en Russie. Ils représentaient 92% du marché en 1998, alors que la moyenne internationale se situe plutôt à 38% selon la même étude.
D'après ces données, les producteurs occidentaux de logiciels ont perdu 273 millions de dollars en 1998 à cause du piratage en Russie.
Les producteurs de logiciels et les maisons de disques ne sont d'ailleurs pas les seules touchés. La pratique du piratage est telle en Russie que le film «Titanic» de James Cameron est sorti en cassette vidéo à Moscou avant même sa sortie officielle sur les écrans aux Etats-Unis...
© 1999 AFP
La version intégrale de 'étude de 1998 de la Business Software Alliance est disponible en format PDF.