(AFP) Les postiers du Burkina Faso sont quasiment certains d'être à l'abri du bogue de l'an 2000: leurs outils de travail se résumant pour l'essentiel à des stylos bille, des registres et des tampons, ils craignent plus les rats et la poussière que les aléas de l'informatique.
Les ventilateurs du centre de tri postal de Ouagadougou brassent de l'air chaud et soulèvent la poussière. Là transitent chaque jour 10 000 lettres, classées et distribuées à la main. Une à une, elles sont oblitérées d'un coup de tampon. La machine qui devait faire ce travail est stockée sous une housse de plastique dans un des bureaux de l'administration.
«Elle ne marche pas, on arrive pas à changer la date», explique un employé. De toute façon, cette machine ne pouvait aller au delà de 1999, non pour une question de bogue mais simplement faute de plaque portant la date 2000. Bien que le volume de courrier traité ait été multiplié par dix ces cinq dernières années, le Centre national de tri (CNT) du Burkina fonctionne toujours de façon manuelle.
Chaque jour les employés noircissent des pages et des pages de registres, vite poussiéreux, où sont notées toutes les opérations. Pour enregistrer par exemple l'ouverture d'une nouvelle boîte postale, il leur faut remplir quatre registres différents. Et comme les bureaux de poste ne sont pas reliés entre eux par un réseau informatique, un mauvais payeur peut toujours aller se faire enregistrer ailleurs, déplore René Toko, chef du CNT.
Possédant tout de même quelques ordinateurs, la Poste burkinabè fait partie du comité national du Bogue de l'an 2000, mais son objectif est plus de s'insérer dans le groupe des entreprises informatisées que de prévenir un dysfonctionnement majeur au lendemain du jour de l'an.
L'ennemi numéro un des ordinateurs dans ce genre de service vétuste est d'abord la poussière rouge et fine du Sahel qui s'infiltre partout et endommage régulièrement les machines.
«Une balance détraquée nous a causé un manque à gagner de 54 millions de FCFA (540 000 FF ou environ 122 000$ CA) en 1998», raconte René Toko.
Des aspirateurs à poussière avaient été installés. Ils sont en panne depuis plusieurs années. La rouille aussi a gagné les tables de tri devant lesquelles les agents de la poste sont assis dès le matin, face à des dizaines de petits casiers où s'effectuent la première étape du classement.
C'est également manuellement que le courrier est ensuite réparti dans les milliers de boîtes postales que compte la capitale, où la livraison à domicile du courrier n'existe pas.
«La poste est contrainte à un travail trop administratif», se plaint le chef du CNT.
L'informatisation, tant souhaitée par la Poste qui doit faire face à une concurrence des messageries privées de plus en plus compétitives, est toujours retardée faute d'argent.
Malgré cette vétusté, la poste burkinabè jouit toujours d'une bonne réputation et le traitement du courrier n'y est guère plus lent que dans la plupart des pays de la région, pourtant souvent mieux équipés.
© 1999 AFP
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