(AFP) - Les assureurs français s'attendent à une vague de litiges liés au bogue de l'an 2000, mais ils n'entendent indemniser que ceux qui pourront prouver avoir pris des mesures pour que leurs équipements passent la date fatidique sans encombres.
«Notre métier consiste à assurer un aléa, or l'an 2000 n'a rien d'aléatoire, le danger est connu depuis de nombreuses années. C'est le comportement adopté par les assurés pour se prémunir contre ce risque qui fait qu'il y aura ou non alea», indique-t-on à la Fédération Française des Sociétés d'Assurance (FFSA).
La FFSA a misé sur la prévention, alertant depuis mars 1998 les entreprises sur les mesures de précaution à prendre.
Chaque cas sera apprécié au coup par coup, une fois le sinistre survenu. L'expert envoyé par l'assureur étudiera si le sinistre est vraiment une conséquence du bogue et si l'assuré a pris les mesures de précaution nécessaires.
Les assureurs se montreront toutefois bienveillants avec les particuliers, n'attendant pas d'eux toutes les précautions exigées des entreprises.
La FFSA a mis en place une cellule commune, avec 139 experts, pour gérer ces sinistres an 2000, afin d'éviter l'engorgement des réclamations, regrouper les informations et limiter les risques de fraude, qui pourrait concerner 15% à 20% des déclarations.
La profession s'est organisée pour faire face à un afflux de sinistres: elle a négocié avec les syndicats un avenant à la convention collective permettant, jusqu'au 31 mars, d'augmenter à 12 heures le durée quotidienne de travail et de multiplier le recours aux heures supplémentaires.
Le bogue de l'an 2000 pourrait faire figure de bombe à retardement pour les assureurs, qui s'attendent, ne serait-ce qu'en France, à des dizaines de milliers de déclarations de sinistres supplémentaires.
Les problèmes posés par le bogue pourraient créer un terrain de litiges comparable aux plaintes concernant l'amiante et l'environnement et se prolonger sur une décennie, relevait en octobre une étude mondiale de l'agence de notation financière Standard and Poor's.
Selon une étude de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs, le basculement des systèmes informatiques dans l'an 2000 devrait avoir un faible impact sur les assureurs européens, mais l'inconnue demeure sur le nombre de contentieux qui seront portés devant les tribunaux aux États-Unis.
Dans les pays anglo-saxons, notamment en Grande-Bretagne, les assureurs ont tenté de se prémunir en excluant explicitement le risque an 2000 de leurs contrats d'assurance.
En Asie, la plupart ont aussi opté pour des exclusions, mais beaucoup d'assureurs ont accepté de couvrir le risque an 2000, moyennant une surprime.
Les assureurs européens, à l'image des Français, ont opté pour une voie moyenne: ni exclusion, ni police spéciale an 2000, pour éviter que les clients ne se reposent sur leur assureur pour suppléer leurs propres carences.
À quelques jours de l'échéance, l'étendue que prendra le sinistre an 2000 reste «un grand mystère», selon la FFSA.
© 1999 AFP