Grâce à un partenariat avec l'éditeur de livres américain Macmillan, la société française MandrakeSoft est un des deux seuls éditeurs de distribution Linux rentables. Pourquoi et comment? Un de ses maîtres d'oeuvres nous explique.
Malgré son bilan financier positif, Mandrake avait un des stands les plus modestes de sa catégorie lors du Linux Business Expo tenu parallèlement au COMDEX à Las Vegas la semaine dernière. Petit stand mais aucun complexe d'infériorité, nous a assuré Frédéric Bastok, co-fondateur et directeur des opérations de MandrakeSoft.
«L'important, c'est de pouvoir montrer efficacement ce qu'on a à montrer, nous a expliqué Frédéric Bastok. Nous sommes ici pour mettre en valeur notre distribution, rien de plus, rien de moins.»
Les distributeurs Linux veulent tirer profit de la spectaculaire émission initiale d'actions de leur confrères de chez RedHat afin de faire le grand saut vers la Bourse d'ici peu. Mandrake espère d'ailleurs prendre place au Nasdaq d'ici la fin 2000. «Nous allons probablement nous inscrire sur une Bourse américaine car les investisseurs ne sont pas prêts en Europe. Ils ne comprennent pas comment on peut faire de l'argent avec des logiciels essentiellement gratuits.»
Cette course à la Bourse justifiait le besoin de se faire voir en grande pompe de la plupart des grandes distributions de Linux lors de ce Linux Business Expo. Chez Mandrake, les résultats financiers parlent aussi fort que tous les cris des présentateurs des autres stands réunis.
«Notre partenariat avec l'éditeur de manuels informatiques Macmillan nous a permis de nous imposer rapidement sur le marché, d'avoir des revenus stables rapidement. Selon les derniers chiffres de PC Data, plus de 50% des distributions vendues sur le marché américain viennent de nous», expose fièrement Bastok.
Mais pourquoi une société américaine telle que Macmillan a-t-elle choisi de s'allier avec une société française? «Le seul créneau que vise notre distribution est l'utilisateur individuel (end user). Comme les livres de Macmillan sont destinés principalement à ce créneau, il était naturel qu'ils se tournent vers nous.»
Pourtant, Mandrake n'est-elle pas qu'un amalgame de la distribution RedHat et de l'interface graphique KDE, deux composantes Linux établies? «Depuis la version 6.0, nous nous distinguons peu à peu de RedHat. Évidemment, nous visons à conserver un niveau de compatibilité très élevé (Mandrake est compatible à 99% avec RedHat) car le format RPM (RedHat Package Manager, un format pour programmes exécutables) et l'arborescence de RedHat sont les meilleurs disponibles. Cependant, nous visons à intégrer de plus en plus de développement provenant de chez nous et d'ailleurs. Par exemple, la gestion des dépendances et les options de post-configuration de Debian (une autre distribution Linux) sont très intéressantes. Nous étudions la possibilité de les intégrer.»
Le stand Mandrake étant un îlot francophone dans cette mer anglophone qu'est le COMDEX (bien que l'on soit au milieu du désert), impossible de passer à côté de la question de la langue. Mandrake n'est-elle justement pas une distribution encore mieux adaptée à la clientèle française qu'à la clientèle anglophone? «Nous avons beaucoup plus de clients anglophones, argue Bastok. Cependant, comme nous sommes Français, nous pouvons éviter beaucoup de problèmes linguistiques qui passent inaperçus chez d'autres. Par exemple chez RedHat, la configuration du clavier retournait d'elle-même vers l'anglais, et ce, même lorsque l'installation spécifiait le français comme langue d'utilisation. Comme c'est notre langue maternelle, nous avons pu déceler ce problème tout de suite», explique Frédéric Bastok.
Va pour le fait francophone mais où le Québec se situe-t-il dans les plans de Mandrake? «Le marché québécois a toujours paru très sympathique à notre distribution, se félicite Frédéric Bastok. Nous n'avons pas eu vent de demandes particulières de ce côté mais nous serons au Linux Expo de Montréal en avril prochain. Un des objectifs de notre présence à cette exposition est justement de mieux comprendre les demandes des marchés québécois et canadiens».
Dominic Fugère