(AFP) Intitulé «Librairies en ville contre librairies en ligne», le débat, organisé cette semaine par la revue professionnelle Livres-Hebdo, a abouti à un quasi-consensus autour de la «complémentarité» des deux métiers.
La salle qui accueillait jeudi ce colloque à la Maison de l'Amérique latine à Paris était trop petite pour contenir le public évalué par les organisateurs à un demi-millier de personnes.
«Ce succès montre que les mentalités françaises évoluent en profondeur», a assuré un des organisateurs, se félicitant de la présence d'éditeurs traditionnels (comme Anne-Marie Métailié ou Paul Otchakovsky Laurens), de libraires et de banquiers.
Pour l'heure, le commerce du livre sur Internet ne représente en France qu'à peine 0,2% du marché. Il est 10 fois plus important en Allemagne et 20 fois aux États-Unis.
Pour expliquer cette «frilosité française», Fabrice Cavaretta, Pdg de BOL France estime que «les Français ont une trouille viscérale à l'égard du paiement par carte de crédit». Pourtant, selon lui, ce système est sûr.
Patrice Magnard, créateur d'Alapage, site de vente sur Internet de produits culturels francophones, a dit que «l'effet d'Internet a été au début magique. L'interface plaisait. C'était plus sexy que le minitel. Aujourd'hui, nous vendons plus de 1 000 ouvrages par jour avec une croissance très importante. On sera bientôt proche des chiffres de l'Allemagne», a-t-il assuré.
«Il faut dix ans pour amortir un magasin des Galeries Lafayette. Pourquoi n'aurions nous pas, nous aussi, besoin d'une période identique?», s'est interrogé Fabrice Cavaretta. Pour lui, acheter dans une libraire classique ou en ligne est une «démarche complémentaire».
«J'achète sur mon site mais aussi chez mon libraire de quartier le dimanche matin», a renchéri Patrice Magnard.
Au nom de la Fnac, Jean-Christophe Hermann a dit que «l'enjeu est de savoir s'il y aura un acteur latin, face à des anglo-saxons surpuissants, pour porter notre vision, ouverte, de la culture. Que ce soit en ville ou en ligne, on ne change pas de métier», a-t-il ajouté. La Fnac va ouvrir un site Internet qui proposera la vente en ligne de produits culturels.
La loi Lang sur le prix unique du livre, visant à la défense de la librairie, a longuement été abordée. Kurt Staelens, de la librairie en ligne belge Proxis (pays où la loi n'est pas appliquée) s'est défendu de travailler dans «l'illégalité». «C'est comme si un consommateur français achetait un livre dans un magasin belge», a-t-il dit.
Mais la plupart des intervenants ont critiqué «le manque de transparence» de Proxis. «C'est aux instances européennes à régler l'affaire», a plaidé Kurt Staelens.
Très vite, le débat ne sera plus entre «libraires en ville et en ligne» mais entre gros et petits libraires car tout le monde va se retrouver en ligne, a résumé Fabrice Piault, de Livres-Hebdo.
Des libraires (Decitre en Rhône-Alpes, Sauramps à Montpellier, etc) ont ensuite pris la parole pour raconter leurs expériences. Pour Jean-Marie Sevestre, de Sauramps, «les libraires travaillent sans tapage pour pouvoir tirer parti d'Internet afin de développer leur affaire». «Il ne faut pas dire que les uns sont contre les autres», a-t-il souligné.
Alain Kouck, de Havas, a eu le mot de la fin: «Internet est une formidable opportunité pour l'ensemble de la profession». Peut-être, a-t-il souhaité, que «les jeunes, qui ont aujourd'hui perdu le goût de la lecture, le retrouveront-ils à travers Internet?».
© 1999 AFP