Au Salon de l'éducation, qui se tient en ce moment à Paris, un étage entier est consacré aux nouvelles technologies dans les établissements scolaires, comme si elles s'étaient généralisées subitement. Un point de vue relativisé par Jean-Bernard Viaud, le président de l'association Enseignement public et informatique (EPI).
Les discours optimistes du Premier ministre et de Claude Allègre, ministre de l'Éducation nationale, de la recherche et de la technologie, semblent confirmés par les chiffres: 85% des lycées branchés, 55% des collèges… de quoi faire rêver par rapport à l'an dernier. Sur le plan de l'équipement en salles informatiques et en ordinateurs, rien à dire! Le plan du ministre a porté ses fruits et les 500 millions de francs (environ 114 millions$ CA) de budget ont bien été utilisés. On considère aujourd'hui qu'il y a un ordinateur pour 17 élèves en moyenne (un pour 15 dans les lycées) et de plus en plus d'écoles et de classes créent leur site Internet.
Pourtant, le paysage des nouvelles technologies dans l'éducation en France ne semble pas être aussi beau qu'on veut nous le faire croire. Jean-Bernard Viaud, lui-même enseignant et président de l'EPI, l'association qui milite depuis 1971 pour faire entrer l'informatique et le multimédia dans les écoles, porte un regard critique sur les avancées de la France en matière d'éducation.
«Il existe des textes à la pelle, nous a-t-il confié. Mais leur réalisation est loin d'être faite». Plutôt satisfait du plan Allègre, qui reprend certaines idées avancées par son association d'ailleurs reconnue par le ministère, il reproche quand même aux décideurs publics de ne pas assez appliquer les directives ou, en tous cas, de ne pas donner les moyens à ceux qui devraient les appliquer de le faire. «Il faudrait créer un organisme régulateur chargé de s'assurer qu'on fait partout le maximum». Prenant l'exemple des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), il reconnaît que la formation en informatique des futurs enseignants a débuté. Cependant, outre son insuffisance (quelques heures seulement et pas forcément de formation à l'utilisation des TIC dans les disciplines), cette formation n'est même pas évaluée. «Il y a 20 ans, c'est le matériel qui posait problème, estime l'enseignant également développeur de logiciels. Mais aujourd'hui, le frein le plus important au développement des TIC dans l'enseignement c'est bien la formation des profs et la réflexion pédagogique associée à leur utilisation».
Faisant référence à l'échec du plan «Informatique pour tous» des années 1985-1986, Jean-Bernard Viaud affirme qu'on risque beaucoup moins de se fourvoyer aujourd'hui. Il y a 15 ans, le matériel représentait un défi financier puisque les PC n'existaient pas encore. Aujourd'hui, c'est sur les mentalités qu'il faut influer. Outre la lenteur des décisions, ce sont les réticences des parents et des enseignants eux-mêmes qu'il faut combattre. Certains ont peur, la majorité d'entre eux n'est pas familière avec l'informatique. «L'essentiel, c'est de placer des personnes ressources dans les établissements (un peu comme dans les entreprises), qui assurent une formation de proximité. Les stages de formation ne seront utiles que si les enseignants peuvent les appliquer dans leur établissement, ce pour quoi ils doivent être accompagnés».
Tout comme pour les élèves, l'utilisation des TIC doit être à la fois collective et individuelle. Un ordinateur branché à un écran qui remplacerait le tableau ne sert pas à grand-chose. «On n'apprend pas à nager sans se mouiller et on apprend encore moins quand le maître nageur n'est pas dans la piscine!». La comparaison est claire. Il faut repenser l'enseignement depuis le début. Et surtout ne pas oublier que l'outil ne fait pas la pédagogie (oubli qui avait, en partie, entraîné l'échec du plan de 1985).
«On ne peut pas dire qu'il ne se fait rien, reconnaît le président de l'EPI. Les décideurs politiques ont pris la mesure des enjeux. Mais même si le ministère est conscient qu'il doit mettre en œuvre une révolution copernicienne, il doit faire face à beaucoup d'inerties: les recteurs, les enseignants, les parents aussi. L'école d'aujourd'hui est la même que celle de Jules Ferry au début du siècle. Pour qu'on arrive un jour au "cartable électronique" (le CD-ROM que l'élève emporte le soir pour faire ses devoirs et qui fait le lien entre l'école et la maison), il faut bouger maintenant, parce que tout va très vite. Si l'école ne s'adapte pas, elle éclatera. Nous ne somme pas à l'abri du spectre de l'enseignement totalement à distance. Et c'est justement ce qu'il faut éviter en formant et en motivant les professeurs. Parce que même le meilleur logiciel ne remplacera le dialogue humain».
Elise Colette
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Le programme d'action gouvernemental pour l'entrée de la France dans la société de l'information appliqué à l'éducation
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