(AFP) Les téléphones mobiles sont de moins en moins sûrs: on peut les brouiller, les bloquer, les intercepter, les écouter et localiser leur utilisateur, grâce aux appareils confidentiels présentés à Milipol '99, le salon international des technologies de sécurité.
Il suffit d'un boîtier gros comme un dictionnaire ou une valise pour bloquer totalement les téléphones mobiles à 300 mètres à la ronde: le «BlockPhone» de la start-up française Nuances Technologies est sans doute l'une des vedettes du salon, même si cette invention vient d'être interdite en France.
Blockphone émet des signaux radio qui coupent les communications entre les téléphones mobiles et les stations de bases cellulaires, pour les principaux standards internationaux (GSM, DCS, CDMA...). «Nous pouvons annihiler les communications mobiles dans le Parc des Expositions du Bourget» (où se tient Milipol du 23 au 26 novembre), a-t-il ajouté.
Mais à la grande déception de la société, qui a lancé Blockphone en mai dernier, les Pouvoirs publics sont immédiatement intervenus en interdisant la vente publique en France. «Nous espérions le vendre aux théâtres et aux restaurants», a regretté Jean-Claude Bonhomme, qui se rabat sur des ventes à l'export, hors Europe et États-Unis.
«Notre appareil a suscité un tollé aux États-Unis, mais les compagnies pétrolières, qui ont récemment subi des accidents à cause de l'utilisation de téléphones mobiles dans les stations-services, nous ont accueillis à bras ouvert», a noté l'entrepreneur.
Le Blockphone attire surtout les services de défense du Moyen-Orient et d'Asie. «N'oubliez pas qu'un mobile peut servir à déclencher une bombe à distance», a ajouté Jean-Claude Bonhomme, évoquant aussi la lutte anti-terroriste.
Un autre type d'appareils, les brouilleurs, permettent presque aussi efficacement d'empêcher les communications: ils émettent des ondes perturbatrices dans un rayon de 20 à 30 mètres.
Ainsi la société française Antenor a ainsi remporté un franc succès à Milipol avec son appareil de brouillage. Parmi les clients les plus intéressés figurent les pouvoirs publics, les services de défense ou de sécurité, notamment en Asie, mais aussi les grandes entreprises pour assurer par exemple la sécurité de salles de réunions.
«Mais ce type d'appareil est aussi en train d'être interdit en France», a noté Yves Delair, PDG d'Antenor, qui vend ses brouilleurs depuis quelques mois à un prix de 10 000 (2 278$ CA) à 20 000 F (4 556$ CA).
Les responsables de la société estiment pourtant que certains lieux publics, notamment des restaurants parisiens, se sont équipés sans autorisation d'appareils de brouillage, pour éviter à leurs clients les sonneries intempestives.
Encore plus confidentiels, les appareils d'interception (d'écoute) des téléphones mobiles, de technologie récente, figuraient en filigrane à Milipol, bien qu'ils ne puissent en principe pas être présentés en public. Ils s'ajoutent aux techniques déjà connues d'écoute des téléphones fixes et des téléphones satellitaires.
Ainsi la société Cofrexport, spécialiste réputé de l'interception et du brouillage, signale sur la plaquette distribuée à Milipol qu'elle vend ce type d'intercepteur «avec possibilité de localisation» de l'utilisateur, mais sans exposer l'appareil sur son stand.
«Je ne peux le montrer qu'aux personnes munies d'une autorisation du SGDN (Secrétariat général de la Défense Nationale)», a expliqué un responsable de Cofrexport sans donner de détails sur les performances de l'appareil, «mais dans les allées du salon j'ai vu des intercepteurs de GSM».
© 1999 AFP