Qu'est-ce que cet animal que le journaliste en ligne et comment doit-il travailler? Voilà les deux principales questions qui ont transcendé du débat organisé hier soir par l'éditeur/chroniqueur/balayeur autoproclamé du cybermédia culturel québécois Montréal à Donf, Laurent Rabatel.
Rabatel a organisé cette rencontre afin de stimuler la discussion sur les questions d'éthique et de déontologie journalistitique. Le chroniqueur de Montréal à Donf (il refuse systématiquement de se faire appeler journaliste) avait été vertement critiqué par de nombreux journalistes pour avoir mis en scène un canular afin d'attirer un peu d'attention médiatique sur son magazine. Une opération qui avait en revanche réussi.
Les panelistes, modérés par Alain Richard de la firme de marketing numérique rebelles.com, ont beaucoup tricoté autour de l'identité de journaliste, un concept encore plus flou dans le monde virtuel que dans les médias traditionnels. Quelle est la différence (si différence il y a) entre un chroniqueur en ligne et un journaliste?
Par exemple, bien qu'il refuse d'être identifié comme tel, Laurent Rabatel était vu comme un journaliste par la quasi totalité des intervenants présents à la librairie Gallimard. «Si Rabatel n'est pas un journaliste, que faisait-il sur ce panel?», se demandait à la sortie du débat Patrick Lagacé, journaliste au Journal de Montréal et chroniqueur chez Multimédium. Si ses pairs considèrent Laurent Rabatel comme un journaliste, n'en est-il pas de même pour le public? De ce fait, doit-il faire preuve d'autant de rigueur que ceux qui se disent journaliste afin de bien servir ce public?
Laurent Rabatel semble croire que non. «Je n'écris pas en vertu d'une intégrité de journaliste mais seulement en vertu de mon intégrité d'être humain», a-t-il expliqué. Jean-Hugues Roy, de l'émission Br@anché (Radio-Canada), a rétorqué que selon la définition de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, un chroniqueur est un journaliste; il est soumis aux mêmes obligations de rigueur.
Justement, la rigueur et la vérification dans le journalisme en ligne ont également eu droit de cité à l'ordre du jour. Si les uns voient la vérification des faits comme un luxe qui nécessite de gros moyens, d'autres y voyaient davantage une preuve de professionnalisme, une indication de rigueur. D'ailleurs, comme l'expliquait le journaliste indépendant Nelson Dumais: «Bien que je travaille souvent pour des structures plus importantes (Quebecor, Transcontinental, Trustar), mes textes sont relus mais les gens qui les relisent ne connaissent habituellement pas la technologie. Ils prennent ce que j'écris pour du cash».
La majorité des participants au débat ont apprécié l'initiative et une invitation a été lancée aujourd'hui par Laurent Rabatel pour répéter la démarche de façon régulière, aux six semaines. Une invitation qui semble avoir été bien reçue. Le cercle pourrait même s'agrandir si l'invitation débordait du cercle des artisans de la presse en ligne à Montréal. C'est du moins ce qu'il faut croire en lisant les remontrances de certains intervenants du Net québécois...
Dominic Fugère