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Les professionnels de la musique harcèlent les pirates mélomanes

Canoë 
28/10/1999 16h54 

Les professionnels de la musique lancent une offensive mondiale contre les sites Internet qui permettent la copie illégale de disques. S'agit-il d'une nouvelle chasse aux sorcières? Les artistes, eux, ne semblent pas s'émouvoir du phénomène et s'adaptent plutôt bien au Web.

La Fédération internationale de l'industrie phonographique (l'IFPI) a entrepris de s'attaquer individuellement aux sites coupables en les menaçant de poursuites judiciaires. Basée à Londres, l'IFPI regroupe 1 300 producteurs et distributeurs de musique dans 70 pays. Elle affirme avoir fait fermer 1 000 sites en Suède, 1 000 autres au Danemark, 535 en Italie, 500 en Allemagne, 100 aux Pays-Bas et 30 en Grande-Bretagne. Au Japon, plus de 2 000 fichiers MP3 (le format le plus courant permettant le téléchargement de musique) ont été effacés. En France, seules quatre plaintes ont pour le moment été déposées. Mais on peut s'attendre à une recrudescence puisque l'on apprenait hier, dans une étude réalisée par l'Observatoire NetValue, que 390 000 internautes français ont fait une recherche sur le MP3 en mai 1999. Parmi eux, 80% ont effectué des téléchargements de pièces musicale et plus d'un tiers ont effectué des copies sur CD...

Pour l'instant, il n'y a peut-être pas péril en la demeure. En France, seuls 8% des utilisateurs de fichiers MP3 déclarent acheter moins de CD (sachant que 108,9 millions de CD se sont vendus en France en 1998). Il est difficile d'estimer le préjudice causé aux éditeurs mais au lieu de menacer, l'IFPI devrait plutôt tenter d'adopter le Web et de s'y adapter. Tout comme l'ont fait les artistes qui semblent moins s'inquiéter de cette nouvelle donne que les éditeurs.

On se souvient qu'en mars dernier, une version piratée du nouveau single de Madonna Ray of Light avait circulé sur le réseau avant sa sortie dans le commerce. Un jeune Singapourien avait proposé sur son site le CD-single de la chanteuse pour 18$! La nouvelle a d'abord mis le feu aux poudres, puis chacun a pu écouter des extraits de l'album sur le site officiel de Madonna et acheter le disque en entier pour 15$ sur le Web!

Le chanteur (jadis connu sous le nom de) Prince est celui qui est allé le plus loin puisqu'il a utilisé Internet comme magasin planétaire et qu'on a pu «pré-acheter» son album Crystal Ball sur Internet. Les fans ont pu télécharger gratuitement une première maquette sonore de l'album en s'engageant, symboliquement, à commander les morceaux définitifs. Un plan marketing bien ficelé sous le couvert de rapprocher l'artiste de son public. Quoiqu'il en soit, et d'après l'IFPI elle-même, plus de 15% des disques pourraient être commercialisés sur Internet avec cette formule d'option d'achat.

Le vrai progrès sera donc dans une évolution des techniques de vente sur Internet, sachant qu'un internaute qui a entendu gratuitement un morceau sur le Web est un acheteur potentiel. L'adoption, par davantage de pays, d'une législation protégeant les droits d'auteurs sur Internet est aussi une autre des revendications de l'IFPI.

Sylvie Pesme

 La dépêche de l'Agence France Presse

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