Le Média Lounge du Musée Juste pour rire accueillait hier, dans le cadre du Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias, une Heure du FIM (Forum des inforoutes et du multimédia) consacrée à la place des créateurs dans l’industrie du multimédia. Rencontre choc entre artistes et industriels.
C’est l’histoire de l’opposition de deux mondes, celui de l’industrie et celui de la création, remarque Louis-Claude Paquin, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Dans le premier, on fabrique, à partir de modèles et en établissant des règles, des produits indentifiés sous forme de marques et destinés au grand public. Dans le deuxième, on innove en transgressant les modèles par de multiples essais, pour aboutir à des oeuvres signées qui s’adressent à des individus. Or la création multimédia aujourd’hui, c’est le «paradigme du lave-vaisselle!», dit Louis-Claude Paquin.
Le modèle actuel est obsolète. Et les intervenants (Paquin, encore lui) de préconiser l’ordinateur «machine à émouvoir, à provoquer des sentiments», pour promouvoir l’art du carnaval, de la foire. Utiliser les nouveaux médias pour montrer ses sentiments, c’est pas beau, ça? Qui mieux que les artistes peut contribuer à pratiquer une culture de la créativité? Alors «développons le sens artistique chez les étudiants», insiste Louis-Claude Paquin, qui profite de l’occasion pour parler de l’Institut des Nouveaux Médias en cours de… création.
Ce n’est pas en placant les artistes dans les usines qu’on va y arriver! Il faudrait une «nouvelle culture chez le producteur», dit Michel Jolicoeur, directeur général de Tram Design. «Inspirons-nous du cinéma, mettons en place des équipes de réalisation!» Il faut arrêter de désigner les titres multimédias par des marques et sortir des éternels outils de références et jeux d’enfants. On achète rarement «un Gallimard» chez son libraire préféré et encore moins voir «un MGM» au cinéma… Il y a assurément de la place pour des titres intelligents s’adressant aux adultes.
Pour toutes ces belles idées, il faut de l’argent. Luc Courchesne, président de la Société des Arts Technologiques (SAT), milite pour un financement des «intuitions des artistes et de la recherche». La réponse du Fonds d’Investissement de la Culture et des Communications, en la personne de Marcel Choquette, ne tarde pas: «Il faut qu’il y a ait un intérêt, moi j’ai une clientèle d’industriels!» et de toute façon il existe «d’autres façons que le Conseil des Arts pour acquérir des subventions».
Avant que le débat ne vire à l’affrontement artistes-industriels, Luc Courchesne propose de créer un seuil en dessous duquel un bon projet individuel pourrait être financé. Au-delà, une structure de production devrait être mise en place.
«J’ai fait des démarches pour des subventions, mais je n’ai rien eu». Étudiante en multimédia à l’UQAM, Katia da Silva vient de recevoir pour son CD-ROM Oxum la mention spéciale Jeune Créateur du Prix Möbius, cérémonie qui faisait suite à l’Heure du FIM. Triste illustration donc du désintérêt des bailleurs de fond pour les jeunes créateurs. On pousse un soupir de soulagement en entendant Luc Courchesne annoncer le montage d’un bureau de liaison Art-Industrie au sein de la SAT. Il y a de l’espoir…
Emmanuelle Sonntag
Site du Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias
Voir aussi celui du FIM
Carlos Soldevilla poursuit ce débat sur le site de Voir
La SAT plaide «pour une réelle industrie des nouveaux médias qui passera par le soutien direct aux créateurs de contenus» auprès du Comité permanent du patrimoine canadien
Multimedium a déjà parlé de Paquin et de son institut des Nouveaux Médias
Les autres gagnants du prix Möbius:
- Catégorie Science: collection «La science en un clin d’œil» (Micro-Intel)
- Catégorie Éducation: Mia (Kutoka)
- Catégorie Culture: Muséopolis
- Prix spécial du jury: Millenium world calendar (DNA production Inc.)