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Le test beta de Corel Linux heurte la tradition du logiciel libre

Canoë 
21/09/1999 16h53 

Le nouveau biais Linux qu'a adopté Corel lui a permis de doubler ses revenus. Tant mieux. Mais le géant logiciel d'Ottawa a encore des leçons à apprendre sur le monde du logiciel libre. La license d'utilisation beta de Corel Linux violerait trois sections de la licence générale publique (GPL).

Le webillard Slashdot, toujours dédié à la cause des logiciels à code source ouvert, a exposé le pot aux roses. En effet, selon la license de test beta de Corel Linux, il est interdit de copier les parties de logiciel soumis à ladite license. Une provision qui transgresse les sections 1, 3 et 6 de la GPL, la license qui fait école dans le monde du logiciel libre.

Hauts cris de la part des autres développeurs Linux qui ont toujours encouragé la copie des développements qu'ils apportent afin de recevoir les commentaires et suggestions de leurs pairs. La distribution Linux Debian et l'interface graphique KDE dont s'inspire Corel Linux ont été développées grâce à ces principes chers à la communauté du logiciel à code source ouvert.

«Les limites apportées à la license de test beta ne s'appliquent qu'aux parties de la distribution développées par Corel (gestionnaire de fichiers, installateur, etc.). Tout ce qui était public auparavant le reste. Lorsque nos dévelopements seront rendus officiels, nous nous engageons à remettre le code source dans le domaine public, comme pour le reste des produits développés en architecture ouverte», a expliqué Judith O'Brien de Corel.

Mais pourquoi Corel ne se plie-t-elle pas à la tradition linuxienne qui fait confiance à l'analyse par les pairs pour déterminer la validité d'un développement ou aider à son élaboration?

«Nous arrivons de l'autre côté de la clôture. Nous sommes une entreprise cotée en Bourse et nous avons des responsabilités envers nos actionnaires et nos clients. En ne faisant qu'un test beta limité, nous voulons nous assurer de ne pas rendre publics des produits portant notre nom qui pourraient nuire à notre réputation, a argué Mme O'Brien. Nous tentons de faire l'équilibre entre nos engagements envers la communauté du logiciel à code source libre et ceux que nous avons envers nos clients et nos actionnaires. Il est possible qu'à l'avenir nous ne procédions pas ainsi mais pour ce cas spécifique, un test beta limité nous a paru comme la meilleure option.»

Ajoutons que Corel planifie un test beta plus étendu de sa distribution Linux une fois que ce premier test de 45 jours sera terminé et que les suggestions auront été assimilées.

Jean-Claude Guédon, professeur à l'Université de Montréal et spécialiste du mouvement du logiciel libre, se rit un peu de cette façon de procéder. «Selon moi, il s'agit de précautions un peu inutiles, a-t-il dit en entrevue. Mais s'ils croient être mieux protégés en faisant ainsi, libre à eux. Il est un peu absurde pour Corel de limiter le nombre de commentaires intelligents qui pourraient aider au développement de leurs logiciels. Ils n'utilisent pas le plein potentiel du logiciel à code source ouvert qui permet la découverte de solutions grâce à l'apport de l'intelligence d'un grand nombre de personnes.»

Dominic Fugère

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