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Bonjour ordinateur, ça va aujourd'hui?

Canoë 
17/09/1999 16h53 

«Nous construisons des ordinateurs qui sont rapides, mais imbéciles», a déclaré le Dr.William Ditto lors d'une conférence tenue au Marché International du Multimédia (MIM) à Montréal. Sa solution: des processeurs «vivants» basés sur des neurones. Notre question: faudra-t-il les nourrir?

D'ici 10 ou 15 ans, l'évolution des microprocesseurs que l'on connaît aujourd'hui aura atteint des limites physiques qu'elle ne pourra franchir. Quand les transistors auront atteint la taille d'un électron, il sera impossible de les rapetisser davantage. Il faudra alors aller chercher ailleurs. Déjà, des scientifiques travaillent à préparer la puce du futur, où des neurones remplaceront les transistors.

«Supposons que vous venez me voir après la conférence et que nous décidions d'aller prendre un verre. Les capacités de mon cerveau seraient altérées suite à la consommation d'alcool, mais ce n'est pas grave, parce que mon cerveau va contourner ce problème en créant davantage de liens entre ses neurones. Maintenant, essayons de couper une partie d'un processeur Intel. Je doute qu'il puisse être utilisé par la suite», a expliqué William Ditto, avec une note d'humour qui a marqué l'ensemble de la conférence.

«Notre but est de créer des ordinateurs qui peuvent nous défier, des ordinateurs à qui l'on proposera une solution et qui nous reviendrons avec une meilleur moyen» continue-t-il. Pour illustrer les capacités d'un tel ordinateur, le conférencier s'est servi d'un extrait du film Wayne's World II où les deux héros se font prendre à leur propre jeu lorsque la machine de commande à l'auto comprend leur commande malgré tous leurs efforts pour l'induire en erreur.

L'inévitable question lorsqu'il est question d'intelligence artificielle est de savoir comment contrôler l'activité des neurones du processeur afin de les concentrer à la tâche que l'on veut les voir effectuer. Pour ce faire, l'équipe de William Ditto utilise une puce de silicone sur laquelle sont montées les neurones. Cette puce contrôle toute l'information qui parvient aux neurones et qui en sort.

«Par exemple, pour réussir une addition, je vais "dire" à une neurone: "cinq", et à une autre: "trois" et les laisser brièvement échanger afin qu'une d'entre elles me donne la réponse», a décrit le professeur Ditt, qui enseigne également à l'Université Georgia Tech, au «laboratoire du chaos appliqué» et qui n'a rien du savant fou duquel on pourrait s'attendre à de telles recherches.

L'équipe du Dr.William Ditto a déjà réussi quelques simples expériences telles que des additions en utilisant des neurones de sangsues. Le scientifique prévoit qu'un premier prototype valable d'une puce «vivante» pourrait arriver dans environ cinq ans. Il n'entrevoit pas de production commerciale avant au moins 15 ou 20 ans.

La vision de telles possibilités nous a lancé sur le chemin des spéculations. D'ici à ce qu'un tel ordinateur soit créé, il est permis de croire que la science aura découvert un moyen de regénérer les neurones. Par conséquent, n'est-il pas vrai d'affirmer que plus un ordinateur sera vieux, plus il sera performant, puisqu'il aura appris? Et si c'est le cas qu'arrivera-t-il de l'industrie du matériel informatique puisque tous conserveront leurs vieux ordinateurs? Et de celle du logiciel, les ordinateurs étant capables d'apprendre par eux-mêmes?

Ils mangeront quoi ces ordinateurs? Auront-ils des problèmes de santé? Faudra-t-il disposer de leurs «déchets»? Tant de questions qui ne trouveront pas de réponses avant tant de temps...

Jean-François Codère

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