Toujours plus de télé! Tel est le slogan des promoteurs de la télé interactive. Au Marché international du multimédia de Montréal (MIM) hier, les Anglais et les Américains sont venus montrer ce que sera la télé de demain. À mi-chemin entre celle qu'on connaît depuis longtemps et Internet.
Que ce soit sous la forme d'une icône apparaissant régulièrement en haut de l'écran vous incitant à appuyer sur la touche de votre télécommande ou d'un menu déroulant semblable à ce qu'on trouve fréquemment en bas des pages Web, la télé interactive propose au spectateur jusqu'à maintenant passif de décider lui-même de la suite de son programme. Pour Ken Papagan, vice-président du secteur télévision numérique et large bande d'IXL Enterprises, une société de conseil américaine, l'enjeu est bien là: «Il s'agit de faire du spectateur passif un spectateur actif».
Le «zapping» permet déjà faire son chemin sur les réseaux télévisés, direz-vous. Mais, cette fois, c'est un complément d'informations sur le programme qu'il est en train de suivre que le spectateur obtient ou qu'il peut enregistrer et regarder plus tard. Du même coup, la chaîne ne perd pas ses clients au profit de son concurrent. John Holland, directeur des services interactifs de la British Broadcasting Corporation (BBC), précise: «Il faut éviter que le spectateur s'ennuie quand il pleut à Wimbledon et donc lui offrir un choix de services parallèles». D'où la possibilité de revoir le dernier match, l'interview en cours ou les résultats de la journée.
La télé interactive est un énorme défi qui est en passe d'être remporté sur les plates-formes numériques de la télévision: terrestre, câble ou satellite. Mais il reste encore beaucoup de difficultés à surmonter pour en rendre l'utilisation facile au téléspectateur.
Les deux conférenciers ont insisté sur l'importance de l'interface. Non seulement, elle doit être extrêmement simple d'utilisation (on ne doit pas avoir besoin d'un manuel d'utilisation par exemple), mais elle doit aussi être unifiée sur toutes les chaînes de télévision. Si, à chaque fois qu'on zappe, il faut changer aussi la télécommande et fonctionner selon un mode différent, le téléspectateur risque de se lasser rapidement des nouvelles possibilités qu'est censé lui offrir son poste de télévision.
Une expérience de télévision interactive a déjà été lancée au Québec par Vidéotron et TVA, il y a 15 ans. Vidéoway qui proposait des services semblables à ceux de la BBC aujourd'hui, avec un peu de technique en moins peut-être… Le projet n'a pas été un franc succès, puisque les téléspectateurs n'ont pas accroché. Alors, s'engage-t-on vers le même scénario? Rien ne nous permet de prédire l'avenir, mais l'arrivée de l'Internet a certainement changé beaucoup de paramètres. La culture de l'interactivité s'est imposée et il semble bien que l'interactivité à la télévision devienne un critère fondamental à sa survie.
Qu'est-ce qui la différenciera alors de l'Internet? La question de la convergence numérique est encore sans réponse. Pour le moment, les deux conférenciers d'aujourd'hui, comme ceux de lundi au Sommet des inforoutes et du multimédia lors d'une table ronde sur la convergence numérique, martèlent la distinction entre l'ordinateur et la télévision. Pour Ken Papagan, avec l'ordinateur c'est l'utilisateur qui créé le sens, tandis qu'avec la télévision, même interactive, ce sont les images et les textes qui lui sont imposés. La télé interactive reste la télé. Elle la rend seulement plus drôle, plus intéressante, sans en faire autre chose qu'un divertissement.
«Télévision et ordinateur ne fusionneront jamais. Les gens vont utiliser l'ordinateur pour interagir sur la télé», a affirmé lundi Philippe Le Roux, consultant dans le domaine de nouvelles technologies de l'information. Un petit peu comme ce que viennent d'annoncer Radio-Canada
et TVA/InfiniT en mettant sur son site Web du contenu inédit.
Elise Colette
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