Catherine Trautmann, ministre française de la Culture et de la Communication, désire réserver une place de choix à la culture française sur Internet. Son discours inauguratif de l'Université d'été d'Hourtin version 1999 était axé autour de la «maîtrise du développement de la société de l'information, dans le contexte de la mondialisation».
Elle a prôné le volontarisme d'État, non pas pour imposer le dirigisme, mais pour protéger la démocratie des contraintes de la mondialisation. La ministre s'est montrée très vigilante quant aux accords multilatéraux, plus précisément face à l'absence de réglementation internationale notamment dans le domaine de la culture, réitérant du même coup son opposition à l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI).
Le discours de la ministre a été clair : «Il ne s'agit pas tant de protéger notre propre système normatif que de contribuer à la mise en place des normes internationales de communication publique. Personne ne doit pouvoir prétendre détenir le monopole de la définition des normes de l'Internet comme espace public mondial. […] Nous abordons les négociations multilatérales à venir avec une fermeté que partage l'ensemble du gouvernement. Il est clair, en effet, qu'à travers les politiques culturelles nationales, l'enjeu est bien celui de notre personnalité culturelle collective, c'est-à-dire notre liberté de déterminer ensemble cette dimension essentielle de la condition humaine que nous appelons culture».
Plus généralement, elle a expliqué qu'elle voyait Internet comme un média complémentaire aux autres, au service de la démocratie. «Nous soutenons l'Internet parce qu'il permet d'élargir et de démocratiser le pouvoir de communiquer.»
L'Université d'été de la communication d'Hourtin a donc ouvert ses portes hier dans la chaleur du Sud de la France et dans une atmosphère proactive. Attendus depuis plusieurs semaines, les débats et les conférences qui vont regrouper un grand nombre de décideurs et de personnalités dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication, tourneront autour du thème «temps de l'homme mondial».
La France estime enfin qu'elle est entrée dans le monde virtuel et qu'il faut dépasser l'étape d'installation du Réseau dans les ordinateurs et les mentalités. L'heure de l'organisation de la société (et des sociétés) en réseau est venue.
Deux ans après son discours remarqué à l'occasion de cette même Université d'été, le Premier ministre Lionel Jospin devrait cette fois dresser le bilan du Programme d'action gouvernemental pour la société de l'information (PAGSI), politique volontariste de développement d'Internet en France, et présenter les initiatives à venir en ce qui concerne notamment le commerce électronique et l'encadrement juridique.
La majeure partie des interventions de l'Université d'été concerne Internet et ses répercussions sur les entreprises, le commerce, l'administration étatique et locale.
Plus généralement, on réfléchira sur les implications éthiques et culturelles d'Internet, ainsi qu'à l'implantation du Réseau dans le système scolaire et pédagogique.
L'Université d'été démarre fort, par un discours à la fois progressiste et désireux de préserver la France des influences américaines (que la ministre ne nomme pas). Le gouvernement français semble avoir véritablement pris la mesure des potentialités et des dangers du Réseau mondial.
Elise Colette
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