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Algérie: une liberté d'expression retrouvée par le Web?

Canoë 
17/08/1999 16h52 

Les Algériens vont dorénavant pouvoir choisir leur fournisseur d'accès à Internet (FAI) dans une liste de six FAI différents. Le gouvernement algérien vient de mettre fin au monopole exercé par le Centre d'études et de recherche sur l'information scientifique et technique (Cerist), seul organisme (sous tutelle gouvernementale) qui offrait aux Algériens de se connecter au réseau mondial.

Paradoxalement, l'Algérie ne fait pas partie des pays «ennemis d'Internet» dénoncés par Reporters sans frontières (RSF) la semaine dernière. Pourtant, en contrôlant le seul FAI, le gouvernement avait tous les moyens de savoir qui se connectait à Internet, quand et pourquoi. Et les contraintes qui pèsent sur la presse algérienne pouvaient laisser à penser qu'il ne devait pas s'en priver. Si RSF n'a pas mentionné l'Algérie dans son classement, c'est parce qu'aucune plainte ne leur est parvenue ni de la part des internautes ni de celle des journalistes. Trop dangereux, peut-être?

Toujours est-il que le gouvernement du nouveau président Abdelaziz Bouteflika a décidé de lâcher la bride à ses citoyens, par ses déclarations remarquées sur le retour de la paix dans son pays et par cette décision animée tout autant par des visées symboliques qu'économiques.

En effet, proposer à six compagnies ( TDA, Gecos, NTH Technologies, Ecos Net, BMG International et Or net), sélectionnées parmi une vingtaine, de lancer leur activité sur Internet, c'est favoriser la concurrence entre elles. C'est aussi tenter de toucher au commerce électronique. Pour les économies émergentes, doublées souvent d'une tradition d'autoritarisme étatique, le dilemme est là. Instrument de plus en plus indispensable dans le commerce mondial, Internet en est aussi un de liberté d'expression. Le gouvernement algérien semble aujourd'hui opter pour le développement économique aux dépens de sa mainmise sur l'information et l'expression populaire.

Pourtant, un journaliste du quotidien El Watan, rempart algérien de la liberté d'expression, note que la sélection des FAI a été faite par une commission interministérielle et qu'on ne connaît pas exactement les raisons de rejet de certains dossiers. «Y aura-t-il un contrôle des futurs providers?» s'interroge-t-il. Pour un an, les FAI devraient être tranquilles: le gouvernement s'est voulu rassurant en leur promettant une période de grâce pour s'installer dans le paysage électronique.

En définitive, la fin du monopole du Cerist est une bonne nouvelle. Elle permettra une meilleure circulation de l'information, notamment pour les chercheurs et un accès moins cher à la culture. Mais restons réalistes avant d'imaginer une Algérie «branchée». Avant de se connecter à Internet, la majeure partie de la population désirerait peut-être avoir l'eau courante, l'électricité et à la limite une ligne téléphonique...

Elise Colette

 Voir la dépêche de l'Agence France Presse sur les nouveaux FAI algériens

 Visitez le site du journal algérien le plus célèbre hors du pays: El Watan

 Et toujours celui de Reporters sans frontières, sur l'Algérie notamment








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