Dans la lignée des gros réseaux de surveillance à la Big Brother, c'est au tour du gouvernement américain de sauter dans le train. Le New York Times rapporte que l'administration Clinton a proposé de créer un système de surveillance des réseaux informatiques fédéraux. C'est une directive du président Clinton, en mai 1998, qui est à l'origine de ce rapport. Le Federal Intrusion Detection Network, ou Fidnet, pourrait entrer en fonction en 2003 au plus tôt.
«Nos inquiétudes face à une attaque virtuelle organisée ont dramatiquement augmenté, a expliqué Jeffrey Hunker, directeur de la protection de l'information du National Security Council. Nous savons que quelques gouvernements étrangers hostiles développent actuellement leurs capacités afin d'y aller d'attaques virtuelles sophistiquées et bien organisées et nous avons de bonnes raisons de croire que des terroristes pourraient faire de même.»
L'essentiel du projet est de toujours avoir à l'oeil les données transitant par les ordinateurs et les réseaux du gouvernement. Aux groupes de droits civils qui s'opposent évidemment au Fidnet, les autorités gouvernementales répondent que ce n'est pas tant le contenu de ces données qui serait étudié, mais les comportement typiques des pirates. Le système tenterait de repérer des schémas répétitifs d'actions suspectes généralement utilisées par les pirates. Les données cryptées tels que des numéros de carte de crédit ne seraient donc pas menacées.
Selon les autorités, un tel système aurait pu empêcher l'intrusion récente d'individus dans les ordinateurs du Bureau américain des statistiques sur l'emploi, l'organisme qui prépare les données sur l'emploi et le chômage, cruciales pour les investisseurs.
Outre les apparents conflits entourant la protection de la vie privée, les opposants au projet avancent que Fidnet lui-même ne serait pas nécessairement à l'abri du piratage. Un argument qui trouve appui chez Peter Neumann, un informaticien chez SRI International et pionnier des systèmes de détection d'intrusion. «Les logiciels commerciaux de détection d'intrusion ne sont pas suffisamment au point pour être mis à l'avant-scène», d'après Peter Neumann.
Pour remédier à ce problème, le projet de l'administration Clinton prévoit accorder une bonne partie des 1,4 milliards $US du projet, tirés du budget 2000, à la recherche. Avec tout cet argent, le gouvernement s'attend à ce que le système soit basé sur des technologies de détection automatique et sur des capacités d'intelligence artificielle.
Un lecteur de ZDNet soulève une hypothèse qui a de quoi faire réfléchir le moins paranoïaque des internautes: et si ce réseau existait déjà et que le gouvernement américain, en le rendant public, ne cherchait qu'à rendre légal d'éventuelles poursuites en justice basées sur le résultat de la surveillance? Après tout, le tout aurait bien pu être réalisé dans le plus grand secret...
Jean-François Codère
L'article du New York Times (abonnement gratuit nécessaire)
Un article du début de la semaine sur le réseau de surveillance russe