Donner des récompenses instantanées aux téléspectateurs afin de ralentir le «zapping»? C'est ce que veut faire la compagnie Interactive Cyber Television (ICTV) de Montréal avec son projet TV Miles qui sera adopté dès l'hiver prochain par la station de télé anglophone de Montréal CFCF.
Les téléspectateurs utilisant une télécommande spéciale pourront jouer à des jeux interactifs diffusés pendant la programmation régulière de CFCF. Les réponses sont enregistrées sur une carte à puce insérée dans la télécommande. Les utilisateurs pourront ensuite amener leur carte vers des points de services automatisés ou l'insérer dans un lecteur attaché à leur PC afin de recueillir des points, des coupons rabais où même de l'argent comptant.
Le but avoué de l'opération est de fidéliser l'auditoire grâce au divertissement additionnel que procurent les jeux interactifs ainsi que les primes que peuvent accumuler les utilisateurs. Le concept avec télécommande ne sera pas disponible avant l'été prochain.
Cependant, dès décembre, ICTV et CFCF lanceront un cédérom qui contiendra quelques exemples de jeux, afin de permettre aux utilisateurs de commencer à accumuler (grâce à une interface Web) des TV Miles immédiatement. Ils pourront d'ailleurs faire l'achat de leur lecteur de carte à puce pour PC ou de leur télécommande adaptée avec des TV Miles. «Notre démarche étapiste vise à créer une habitude chez les utilisateurs avant de mettre la quincaillerie sur le marché», affirme Pierre Combaluzier, président et chef de la direction d'ICTV.
Une des innovations du système est qu'il ne nécessite pas de décodeur. La télécommande enregistre sur la carte à puce l'heure exacte, la station synthonisée et les touches qui sont poussées par l'utilisateur. Les combinaisons sont ensuite comparées à la liste des bonnes réponses au terminal du point de service ou grâce à un lecteur de carte sur PC. À la carte sont ensuite créditées des primes rattachées aux réponses exactes.
Cette façon de faire permet d'accumuler les données d'écoute de tous les participants. Une fois le service étendu à plusieurs stations, ces données pourraient être intéressantes pour les annonceurs et les services de mesure d'audience. D'ailleurs, NielsenMedia est un des partenaires d'ICTV dans le projet pilote. La pratique soulève toutefois certaines questions de protection de la vie privée, surtout que les données peuvent être facilement croisées avec le nom et l'adresse des participants. Comme pour tous les programmes de fidélisation, lorsque les utilisateurs acceptent de bénéficier des primes, ils acceptent du coup que les renseignements les concernant soient transmis aux commanditaires qui ont financé le projet en partie a expliqué M. Combaluzier.
Un chouchou du ministre Landry
Le projet avait défrayé la manchette l'an dernier, car le ministre québécois des Finances Bernard Landry aurait ignoré l'avis d'un de ses sous-ministres qui lui avait déconseiller de s'associer à ICTV. Le ministre avait tout de même annoncé les 575 emplois en 10 ans promis par ICTV. Le fonctionnaire André Caron jugeait, pour sa part, les prévisions d'investissement de 387 millions$ beaucoup trop élevées par rapport au montage financier incertain d'ICTV et au faible engagement en capital du promoteur.
Mais le ministre Landry cherchait à retenir M.Combaluzier à Montréal, lui qui était parti de France avec l'intention demonter son affaire sur la Côte Ouest américaine, d'ou les généreux
engagements de subventions d'11,3 million $ du Centre de développement des technologies de l'information (CDTI) si les 575 emplois promis sont crées en d'ici 10 ans. Avec seulement six employés permanents jusqu'ici, disons seulement que la route est longue…
Les problèmes de financement semblent cependant résolus. Une prise de contrôle inversée de la société publique Modern Computer Systems a permis à ICTV de se financer publiquement grâce à une émission d'actions sur le Nasdaq hors-cote (over the counter). La capitalisation de Modern Computer était aux alentours de 100 millions $ US en date d'aujourd'hui (12,3 millions d'actions @ 8 1/4$).
Dominic Fugère