Les fournisseurs Internet indépendants du Canada fulminent. Alors qu'ils tentent en vain de négocier un prix raisonnable pour louer les lignes d'accès à haute vitesse détenues exclusivement par Bell, ce dernier permet à son nouveau partenaire, Prism Communications de New York, d'offrir un service d'accès à haute vitesse à bas prix à Montréal et à Toronto dès le 1er avril.
Bell détient le monopole sur les lignes téléphoniques
numériques au Canada et il agit à titre de grossiste auprès
des différents fournisseurs d'accès canadiens par le biais
de sa filiale Bell
Nexxia. Mais voilà: avec cette entente, Bell permet à
son partenaire Prism
de concurrencer son propre service à lignes numériques à
paire asymétrique (LNPA), Sympatico
Édition Haute Vitesse, offert aux Québécois depuis
décembre dernier. Bell se trouve dans la position inconfortable
d'un fournisseur en concurrence avec ses propres clients.
Prism, qui commercialise son service sous la marque RED, a d'ailleurs
ajusté ses tarifs à ceux de son concurrent/partenaire canadien
Sympatico, qui offre le service résidentiel à 39,95 $CA par
mois, auxquels il faut ajouter 14,95 $ par mois pour la location d'un modem
1Mbps de Nortel, pour un total de 54,90 $ par mois. RED, pour sa part,
offrira un service moins cher que Sympatico, puisque le coût
de la location modem est compris dans le service. La différence
de prix s'expliquerait par le fait que le service LNPA de RED permet d'atteindre
des vitesses de téléchargement de 640 kbits/s contre 1 Mbits/s
pour celui de Sympatico.
Là où le bât blesse, c'est que Prism offrira son
accès LNPA au Canada à la moitié du prix qu'elle exige
aux États-Unis, soit 79,95 $US par mois! Pendant ce temps, les autres
fournisseurs Internet canadiens sont obligés de payer le gros prix
pour louer les accès à large bande détenus par Bell
Nexxia.
« Bell a tout un culot. Les 3 et 4 février,
ils nous dit qu'il leur était techniquement impossible de nous offrir
le service. On invoquait un conflit de protocole. Deux semaines plus tard,
bang!, ils annoncent un partenariat avec une compagnie américaine
qui viendra offrir le service ici début avril. Bell ne fait qu'essayer
de gagner du temps », rage Pascal Gosselin de MLink
Internet.
Curieusement, deux jours avant cette fameuse rencontre, Prism annonçait
par la voie d'un communiqué
de presse que son réseau numérique était fin prêt
et que l'on s'apprêtait à offrir le service, ce qui semble
confirmer les soupçons de M.Gosselin, qui doute de la bonne foi de Bell.
Quant à la différence de prix entre le Canada et les États-Unis,
Prism l'explique par le fait que Bell dispose d'infrastructures bien développées.
« Nos prix sont plus élevés aux États-Unis,
car il nous faut bâtir tout le réseau de base de la Côte
Est, explique le porte-parole de Prism, Debra
Niewald. Bell est déjà implantée au Canada et
son réseau peut nous accueillir à meilleur coût. »
Du dumping, vous avez dit?
Dominic Fugère et André Bélanger