Annoncée hier, la fusion de Lycos et USA Networks a pour objectif de bâtir une superpuissance du commerce électronique reposant sur la complémentarité du Web, du marketing direct et de la télé. Mais les actionnaires se rebiffent.
Au terme de la fusion estimée à quelque sept milliards de dollars, la nouvelle entité USA/Lycos Interactive Networks, constituée à 61,5 % par USA Networks, 30 % par Lycos Network et 8,5 % par TMCS (Ticketmaster-Online Citysearch), affichera en effet un pedigree très impressionnant:
Revenu annuel | 155 millards de dollars US |
Audience TV | 70 millions de foyers (90 % des téléspectateurs) |
Audience Internet | 30 millions de personnes (50% des internautes américains) |
Sites Web | 39 (dont 19 guides de ville) |
Transactions téléphoniques | 200 000 par jour |
Transactions électroniques | un million par trimestre |
Certains actionnaires, cependant, émettaient ce matin des réserves, mécontents de ne pas avoir été consultés et inquiets de voir leurs actions investies dans une toute nouvelle compagnie sans avoir touché l'ombre d'un dividende au passage.
Après avoir doublé depuis le 1er janvier dans l'attente d'un possible rachat, les actions de Lycos ont d'ailleurs chuté hier de 33 dollars US, soit près de 26 %. Elles perdaient encore 12 % ce matin, avec 11,25 dollars de valeur en moins.
C'est que le projet est complexe. USA Networks possède de nombreuses chaînes de télévision (USA Network, The Sci-Fi Channel, Studios USA, USA Broadcasting, etc.) qui draîneront, croit-on, les internautes vers l'aggrégat de services éditoriaux et transactionnels offerts par USA/Lycos. Les profils de visites enregistrées sur les sites Web permettront de cibler les offres commerciales, les amateurs de sports, par exemple, se voyant offrir des billets par TicketMaster. Le réseau de téléachat Home Shopping Network (HSN) et sa division Internet fourniront l'infrastructure de traitement des transactions.
Dans la foulée du rachat de Netscape par AOL et d'Excite par @Home, l'émergence d'USA/Lycos concrétise le virage transactionnel des grands portails américains à tel point que Laurent Mauriac titrait ce matin, dans Libération: « La fin des portails indépendants ».
Reste à savoir si le public – internautes, téléspectateurs, consommateurs et actionnaires... – s'y retrouvera dans cette méga-économie qui n'a plus que quatre mots d'ordre en tête: vendre, grossir, grossir et vendre. Pour qui? Pourquoi? Jusqu'où et jusqu'à quand? Mystère...
Christian Aubry
Voir le communiqué de Lycos. annonçant la fusion
Analyse de la chute du titre en bourse (The Motley Fool).
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