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An 2000: vol au-dessus d'un nid de missiles

Canoë 
20/01/1999 16h48 

Le bogue de l'an 2000 pourrait théoriquement avoir des conséquences majeures au niveau des armées. Un député français s'en inquiète, tandis que le Pentagone surveille du coin de l'oeil la Russie.

Lors d'un colloque à propos du bogue organisé cette semaine à l'Assemblée Nationale française, le député RPR Pierre Lellouche, secrétaire de la commission de la défense, s'est inquiété que tous les documents concernant la préparation de l'armée française soient « classés Défense » et, donc, inaccessibles. « Nous ne pouvons qu'espérer que les militaires et la DGA [Direction Générale de l'Armement] ont fait leur travail », a-t-il soupiré. Inquiétant mutisme, en effet, face aux représentants du peuple...

Signalons que l'appel à une meilleure communication lancée il y a deux mois par le Premier ministre est manifestement tombée dans l'oreille de la « Grande Muette » (le surnom des forces françaises) puisque le ministère de la Défense a désormais son site sur le passage à l'an 2000. Mais le « citoyinternaute » n'est pas plus avancé que ses députés.

« L'inventaire des systèmes concernés dans le domaine de l'informatique des systèmes d'information opérationnels et de communication, de l'informatique générale, scientifique et technique, et la correction des défaillances constatées ont été largement engagés au niveau du ministère de la défense », lit-on dans ces pages aussi proprettes que laconiques. Seuls les services de santé de l'armée acceptent d'en dire un peu plus long.

Aux États-Unis, le Pentagone n'hésite pourtant pas à donner des briefings de presse assez détaillés à ce sujet. Récemment, un adjoint du secrétaire à la Défense indiquait précisément que 1 673 des 2 300 systèmes critiques étaient déjà préparés et que la totalité le sera avant la fin de l'année. « Il est rare que nous connaissions exactement l'heure, la date et le lieu que choisira l'ennemi pour attaquer », a-t-il ajouté. Et son patron ne rigole pas quand il affirme à l'état-major qu'il s'agit d'une « situation de guerre » (a war fighting issue) et qu'il tiendrait chacun de ses membres pour responsable de son dénouement.

S'estimant donc fin prêts, les militaires américains se penchent sur la situation dans certains pays comme la Russie ou la Chine. « Mon sentiment est que la Russie n'est pas aussi consciente de l'étendue du problème que nous, a indiqué le même porte-parole, spécialement en ce qui concerne les anciens systèmes. Mais nous sommes convaincus qu'ils garderont le total contrôle de leur inventaire nucléaire. » À toutes fins utiles, la US Army enverra des experts vérifier la situation sur place en décembre prochain.

Bien d'autres armées plus ou moins nucléarisées (Inde, Pakistan, Israël, etc.) pourraient aussi poser problème. Si l'on n'en parle pas trop, il faut espérer que c'est parce que toutes les précautions sont prises au plus haut niveau, et ce forcément discrètement.

Quant à la Chine, fidèle à elle-même, elle a récemment ordonné à tous les dirigeants de compagnies aériennes civiles de voler dans l'un de leurs avions le 1er janvier prochain, histoire de leur rappeler concrètement l'importance du problème. Demandera-t-elle également à ses généraux de piloter des bombardiers nucléaires ce jour-là? Mystère et boule de riz...

Christian Aubry

Voir la dépêche de l'AFP sur le colloque.
Plus de détails sur la position du Pentagone sur News.com.








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