Le ton monte entre les éditeurs américains de logiciels et les entreprises françaises, celles-ci préfèrant que ceux-là laissent de côté le piratage pour assumer leurs responsabilités à propos du bogue de l'an 2000.
Le chapitre français de la Business Software Alliance (BSA), qui déplore un taux de piratage de logiciels faramineux de 44 % en 1997 dans les entreprises françaises, a récemment lancé une campagne invitant la Direction Générale des entreprises à attester de la conformité de leur parc logiciel. Cette initiative a immédiatement suscité une réponse pour le moins irritée du monde de l'entreprise.
Le Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF) et le Club de la sécurité des systèmes d'information français (CLUSIF) mettent en effet en doute la légitimité juridique de cette association américaine en France, où elle ne dispose que d'un bureau sans forme juridique et fiscale, présidée de Washington qu'elle est et représentée en France par un simple porte-parole.
Ledit porte-parole, Jamal Labed, a rétorqué au Monde Informatique que la légitimité juridique de son association n'est pas en cause, le plus pernicieux consistant « à dire que si des éditeurs ne satisfont pas à des spécifications techniques le piratage est possible. Cela n'est pas sérieux ».
Cela n'est pas sérieux, en effet. Mais ce qu'expriment en revanche le CLUSIF et le CIGREF, c'est que le moment est mal choisi pour titiller leurs membres avec la question du piratage. En ce moment, ils sont aux prises avec le problème du passage à l'an 2000, livrés à la gourmandises de fournisseurs de services de plus en plus rares et chers, et incapables de se retourner vers les éditeurs dont les licences précisent qu'ils ne peuvent être tenus responsables de rien.
« A l'heure où les entreprises, les collectivités publiques et l'ensemble des professionnels sont confrontés à l'imprévision de certains éditeurs de logiciels, écrivent les deux organismes, il serait plus honorable, voire commercialement plus judicieux que ce soit à ces éditeurs de pratiquer les certificats de conformité et les attestations sur l'honneur pour garantir la compatibilité des produits qu’ils ont livré ces dernières années avec les impératifs de représentation et de traitement des dates du passage à l'an 2000. »
À première vue, cette position n'est pas moins légitime que celle de la BSA, et beaucoup moins radicale que celle préconisée par le polémiste canadien Rex Murphy, lequel propose de refiler la facture du bogue aux fabricants des produits erronés. La question, au fond, en est une de préséance: est-il plus urgent de protéger les profits d'éditeurs de logiciels pas trop à plaindre, ou bien de régler d'abord une urgente question d'intérêt public?
En passant, il ne reste que 375 jours avant le 1er janvier de l'an 2000. Et on n'a pas fini d'en entendre parler.
Christian Aubry
Voir la brève du Monde Informatique.
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