Un seul fil, un seul point de service, une seule facture. Tel est, pour Vidéotron, l'ultime idéal à atteindre avant l'an 2000. Le groupe vient d'ailleurs de déposer une seconde demande de permis d'opérateur local en ce sens.
L'assemblée annuelle des actionnaires a permis hier à André Chagnon, président et chef de la direction du Groupe Vidéotron Ltée, de souligner la bonne santé d'une entreprise dont les revenus ont dépassé l'an dernier le milliard de dollars.
Il a surtout mis l'accent sur l'occasion de croissance extraordinaire que représentent l'ouverture du marché des télécommunications canadiennes et sa convergence avec Internet: « D'ici cinq ans, la majorité de nos revenus pourrait fort bien provenir d'activités autres que la télédistribution: téléphonie locale et interurbaine, production et diffusion de contenus, production et commercialisation de nouvelles applications fondées sur le protocole Internet (IP). »
À la tête des activités canadiennes du groupe ne relevant pas de la télédiffusion, Claude Chagnon, son fils, a encore mieux exprimé l'incommensurable beauté de l'intégration horizontale engendrée par la convergence: « À compter de l'an prochain, nous serons les seuls en mesure d'offrir, sur la même infrastructure de réseau, 150 canaux de télé numérique, le service téléphonique local et interurbain et l'accès Internet haute vitesse, en plus des services de télésurveillance de Protectron. De même, nous serons les premiers à offrir un véritable guichet unique en télécommunications d'affaires et résidentielle. »
En 1997, en effet, le CRTC accordait à la filiale Vidéotron Télécom un permis d'entreprise de services locaux concurrentiels (ESLC) lui permettant d'offrir l'an prochain le service téléphonique local dans plusieurs régions du Québec. Dans un premier temps, c'est donc la clientèle d'affaires, via Vidéotron Télécom, qui était essentiellement visée.
Il y a dix jours à peine, le cablôdistributeur Vidéotron Limitée déposait à son tour une demande de statut ESLC afin d'offrir la téléphonie par câble à ses clients résidentiels. Et nous voici aux portes du fameux « guichet unique », sorte de variante horizontale des monopoles verticaux.
Avant d'atteindre cet idéal, cependant, Vidéotron devra négocier serré avec Bell Canada et les autres opérateurs détenant jusqu'ici le monopole des services téléphoniques locaux. Plats de résistance: l'interconnexion des réseaux et la question du maintien des numéros lors du changement de fournisseurs. Il faudra aussi terminer le réseau IP à large bande principalement développé par Cisco et présenté comme « le premier au monde » (loin derrière celui de Qwest?).
De fil en aiguille, on apprend que le service téléphonique local de Vidéotron ne devrait être offert aux clients résidentiels que vers la fin de 1999. Un agenda assez similaire à celui de Cogeco qui, tous comptes faits, ne patine pas tant que ça.
Christian Aubry