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Les fournisseurs Internet canadiens dos au mur

Canoë 
09/12/1998 16h47 

L'accès à haute vitesse lancé, via Sympatico, par Bell Canada hypothèque moins l'avenir du modem câble que celui des fournisseurs Internet indépendants.

En fait, la guerre couve depuis plusieurs mois déjà et la première bataille notable entre Bell Canada et les fournisseurs d'accès Internet (FAI) indépendants a commencé l'été dernier.

Ces derniers dénonçaient alors le fait que, par un astucieux jeu de filiales (si imbriquées que l'on s'y perd parfois!), le groupe BCE vendrait à l'utilisateur (1) le service haute vitesse à perte, disqualifiant du même coup les fournisseurs indépendants qui lui achètent ces mêmes services « plein pot ». Le Bureau de la concurrence instruit actuellement le dossier du LNPA mais pourrait prendre plusieurs mois, voire des années, avant d'accoucher d'une conclusion. Or, d'ici là, le modem à 1 Mbits/s (voir nouvelle précédente) remplira son office dans le secteur résidentiel – sans parler du marché corporatif, où le mécanisme est similaire.

Pascal Gosselin, président de Mlink Internet (2), ne pouvait que réagir froidement, hier soir, à l'annonce anticipée du nouveau service: « Le dumping se poursuit, et cette fois à grande échelle. Bell va implanter sa solution dans toutes ses centrales et les fournisseurs vont se rendre compte qu'ils n'ont pas le choix que d'accentuer la pression légale. »

Ce que veut Bell, d'après lui, c'est « toute la business » par la double stratégie de la facture unique et du financement croisé (cross-subsidizing): la télévision avec ExpressVue, le cellulaire, l'interurbain, le téléavertisseur et l'Internet – pour ensuite greffer dessus des services à valeur ajoutée. « Ça peut paraître bien attrayant pour les utilisateurs, mais quand il n'y aura plus que deux compagnies en lice, ce ne sera pas très bon pour les tarifs et la qualité du service. Il n'y a qu'à voir comment Bell a augmenté le tarif téléphonique local... »

La guerre est donc virtuellement déclarée et il ne faudra pas s'étonner de voir ces fournisseurs, qui ont mis au monde le marché d'Internet au pays, mettre en oeuvre tous les recours légaux possibles afin de continuer à y respirer.

Christian Aubry

Plus de détails dans la nouvelle précédente.
Voir l'organigramme du groupe BCE.
Relire les explications de Bell.
Voir également nos archives:
   

Notes

(1) Selon Pascal Gosselin, en gros, dans le cas de l'ADSL:

  • Bell Canada vend à sa filiale Bell Advanced Communications (BAC) chaque accès mensuel à 70$, plus 5$ « pour le cuivre ». À cela s'ajoute l'équipement, la bande passante, la gestion et le support.
  • Bell Advanced Communications revendrait 10 000 accès, sur un contrat de trois ans, à Médialinx (Sympatico) au prix de 150 dollars mensuels chaque (environ le prix coûtant), contre 210 dollars en moyenne aux FAI à plus petit volume.
  • Sympatico revendait l'abonnement final 69,95 dollars aux particuliers dans les régions pilote d'Ottawa et de Québec, et 55 dollars, maintenant, avec le modem 1Meg.
Du coup, Bell Canada est (officiellement) blanc comme neige aux yeux du CRTC. Sa filiale BAC applique des contrats types en fonction du volume. Normal, non? Le fait que Médialinx, une société en commandite dont elle possède 80 % des parts, décide de vendre à perte ne la concerne (toujours officiellement) en rien.

(Si quelqu'un a un autre shéma ou d'autres chiffres à proposer, merci de nous les communiquer. Normand Toupin ne nous est jamais revenu là-dessus depuis le 23 juillet dernier ;-)

(2) Mlink Internet est le fournisseur d'hébergement des sites édités par Netgraphe, dont La Toile du Québec et Multimédium.








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