Alis Technologies a connu quelques vicissitudes et draîné bien des capitaux ces dernières années. Alors qu'elle espère voir enfin le bout du tunnel, certaines frustrations ont tendance à faire surface.
C'est par un message anonyme, en effet – équivalent numérique de l'enveloppe brune des médias « traditionnels » – que nous avons pris connaissance de l'essentiel des faits exposés dans l'article précédent. Tout ce que nous y affirmons a cependant été dûment – et aimablement – confirmé depuis par la direction d'Alis Technologies.
Notre mystérieux correspondant se livre dans sa lettre à une sévère analyse de la gestion de l'entreprise. Bien que, par principe, nous ne la publions pas puisqu'elle n'est pas « revendiquée », comment explique-t-on cette bavure chez Alis?
Pour Jean-Pierre Soublière, elle est « symptomatique d'un certain nombre de frustrations auxquelles nous devons porter attention. » Le président démissionnaire rappelle qu'à son arrivée fin 1996, Alis commercialisait sa ligne de produits Internet multilingues Tango, destinée à prendre la relève de ses produits arabes traditionnels. Malheureusement, la « guerre des fureteurs » entre Netscape et Microsoft (laquelle s'est mise alors à distribuer gratuitement Internet Explorer) a littéralement volatilisé ce marché.
En juin 1997, Alis a donc cessé de développer Tango pour se lancer dans les solutions ATS, ce qui équivalait presque à un redémarrage. Si les investissements recueillis l'année précédente avait au moins permis d'asseoir la crédibilité et la notoriété de l'entreprise, l'expansion de son réseau commercial en Asie et en Europe centrale, de même que le partenariat avec Csii Télécom SA – deux décisions liées à la commercialisation de Tango – s'avéraient inutiles dans ce nouveau contexte.
Ce virage stratégique aura inévitablement "fait mal" à certains collaborateurs ayant cru à Tango, notamment ceux qui dûrent quitter l'entreprise. Et, selon M. Soublière, il expliquerait aussi certaines rumeurs négatives courant le milieu à Montréal, ainsi que la fameuse lettre anonyme.
À cela, il faudrait ajouter cette tendance naturelle du milieu des technologies de l'information qui consiste à claironner très tôt les bonnes nouvelles, quitte à décevoir ensuite son public. Le contrat avec le Los Angeles Times, dont on attend toujours qu'il se manifeste concrètement plus d'un an après, en est un assez bon exemple.
Pour sa part, Pierre Rinfret reste convaincu qu'Alis a su négocier différents virages, au cours de ses 16 ans d'histoire, tout en restant fidèle à l'esprit de son fondateur, Jean Bourbonnais. Elle saura donc tirer partie de celui-ci: « Les choses vont vite dans notre métier, et nous sommes confiants d'être un chef de file mondial sur le marché émergent de la traduction automatique. »
Le partenariat avec Lotus, sur lequel se concentre actuellement toute les énergies, « n'est pas une fin en soi, mais un puissant levier pour nous positionner. » Des discussions seraient en cours avec d'autres groupes visant un résultat similaire: « En fait, conclut le vice-président marketing, je vois déjà la journée où nos solutions seront intégrées à la plupart des outils de traitement de l'information! »
Encore là, il faudra prendre garde aux législations antitrusts ;-)
Christian Aubry