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Le ridicule virtuel ne tue pas!

Canoë 
27/11/1998 16h47 

La Tunisie juge « ridicule » la dénonciation par Amnesty International d'un site sur Internet diffusant « de fausses informations sur les droits de l'Homme en Tunisie. » On se demande pourtant à qui profite le crime...

L'organisation de défense des droits de l'homme diffusait début novembre un communiqué de presse dénonçant les exactions tunisiennes à l'égard des droits humains. Le gouvernement de Tunis bloquerait notamment l'accès de son site Web et aurait créé « différentes institutions officielles de défense des droits humains ainsi qu'un site Internet appelé de manière trompeuse: "http://www.amnesty-tunisia.org" et diffusant la propagande officielle sur le sujet. »

Cette semaine, l'ambassade de Tunisie en France répliquait dans un communiqué adressé à l'AFP: « L'allégation ridicule de "détournement" pour la création d'un site web reflète tout simplement la volonté d'Amnesty de tenter d'exploiter l'ignorance de la majorité des gens au sujet des mécanismes de fonctionnement de l'Internet. (...) Le site ne mentionne ni de près ni de loin la propriété d'aucune partie gouvernementale tunisienne. Une simple vérification auprès de l'autorité internationale gérant les noms de domaines (l'Internic) serait à même de montrer que la Tunisie n'est aucunement à l'origine de ce site. »

Effectivement, une simple recherche sur les serveurs de Netnames indique que le domaine amnesty-tunisia.org est administré en France par Raghid el Chammah, président et « Senior Lobbyist » de la société Euromed, ancien conseiller spécial du président comorien Saïd Mohamed Djohar, ancien chef de la direction de Radio Orient, bien connu du gratin RPR de la République Française.

Fondé en 1995, Euromed Group est une société internationale de conseil en communication et relations publiques. Ayant son siège mondial à Beirouth (Liban), elle dispose de bureaux à Paris, à Wilmington (USA) et... place du 7 Novembre, à Tunis. Le bulletin spécialisé Maghreb Confidentiel signalait dès l'an dernier que « Le président Ben Ali bénéficie pour ses relations à l'étranger d'un nouveau groupe de lobbying, l'Euromed Group »...

Sans aller plus loin, il y a donc tout lieu de croire, pour paraphraser monsieur l'Ambassadeur, que le gouvernement tunisien tente ici d'exploiter l'ignorance de la majorité des gens au sujet des mécanismes des relations publiques gouvernementales. Si la Tunisie est sérieuse dans son désir de faire avancer la cause des droits humains, qu'elle cesse de bloquer le site d'Amnistie Internationale et de financer de coûteuses opérations de communication enrichissant ses mercenaires endimanchés et appauvrissant un peu plus son peuple.

Il est amusant de noter qu'un colloque sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication se tenait cette semaine à Tunis, avec le concours du Centre de recherche en droit public (CRDP) de l’Université de Montréal (voir Nouvelles de Tunisie). Voilà un sujet de thèse tout trouvé pour les cyber-juristes québécois!

Voir le communiqué d'Amnistie Internationale.
Plus de détails dans la dépêche de l'AFP.








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