Même si l'on se perd dans les chiffres, l'Internet marchand se développe vite en France. Les gros joueurs y trouvent autant leur compte que l'industrie technologique et médiatique qui gravite autour.
La firme Stratégie Internet annonçait récemment les résultats d'une nouvelle étude sur le cybercommerce français qui annule et remplace celle de mars dernier, dont elle n'a malheureusement laissé aucune trace en ligne. Pour comparer les chiffres avancés dans ces deux travaux, on ne peut donc se fier qu'à des sources pérennes, comme par exemple Multimédium ou Branchez-Vous!. Soyez attentif, car l'exercice n'est pas facile...
L'étude de mars indiquait qu'une centaine de sites permettaient de commander des articles en ligne, générant l'an dernier un chiffre d'affaires de 40 millions de francs, lequel quadruplerait sans doute d'ici la fin de 1998. Le communiqué de presse de novembre va plus loin, estimant que « le chiffre d'affaires du marché de la vente en ligne en France en 1998 s'élève à 300 millions de francs ». Mais il est contredit par le sommaire exécutif de la même étude, selon lequel « Pour 1998, les estimations tablent donc sur un chiffre de plus de 200 millions de francs. » Bizarre...
La proportion des internautes français ayant acheté au moins une fois sur le Net serait passée de 5 % d'un million (soit 50 000 consommateurs potentiels) à 7 % de deux millions (140 000 prospects). Si tel est le cas, l'étude de mars 1997, qui prédisait qu'il y aurait « dans un an » deux millions d'internautes français, dont 20 % de cyber-consommateurs (soit 400 000 personnes), était trop pessimiste et trop optimiste à la fois: en effet, le seuil des deux millions serait déjà atteint – en comptant sans doute les employés n'ayant accès qu'au courriel – et si parmi eux le pourcentage d'acheteurs augmente, on est encore bien loin du très hypothétique 20 %.
Mais qu'à cela ne tienne, le train est en marche puisqu'il y aurait 500 sites marchands en France, selon la dernière étude, contre seulement une centaine en 1997, selon la précédente. On nous dit ce mois-ci « que les sites marchands ont plus que doublé leur audience en un an : + 186 % en moyenne soit 6 000 visiteurs par mois », ce qui représente, à bien compter, quelque 200 visites par jour. Or, en mars, Stratégie Internet écrivait que « les sites accueillent en moyenne 900 visiteurs/jour ». Allez comprendre quelque chose à cette fulgurante progression de chiffres fondant au soleil!
Pour tirer les choses au clair, il faudrait débourser les 3 995F hors taxe (tarif promotionnel), soit environ 1079,99 dollars canadiens, que coûte l'étude. Je vous en prie, après vous... Car si la méthodologie employée pour recueillir l'information est aussi embrouillée que celle qui sert à la diffuser, elle ne vaut certainement pas ce prix-là.
Et parlons-en, de la méthodologie. L'étude de mars était conduite auprès de 60 sites marchands sur la centaine (?) qui existait alors, tandis que celle de novembre n'en sonde que 55 parmi les 500 et plus ayant maintenant pignon sur Web. Y-a-t-il là quelque logique scientifique qui m'échappe? Encore une fois, le client potentiel ne pourra le savoir sans acheter le rapport puisqu'il n'est nulle part question de méthodologie dans la présentation.
Tout ceci pour dire que c'est bien beau, le cybercommerce, et qu'il y a sûrement là des sous à se faire. Notamment pour les gros marchands comme Dégriftour, dont le chiffre d'affaires en ligne serait (?) passé de 2 millions en 1997 à 10 millions au seul mois d'août dernier. Également pour les concepteurs de sites, dont les honoraires moyens auraient (?) grimpé en un an de 400 000 à 500 000 francs.
Et peut-être aussi pour les marchands d'études à 3 995 francs hors taxes (prix promotionnel) qui jonglent si bien avec les chiffres.
Christian Aubry
Voir le communiqué de presse.
Plus de détails dans le sommaire exécutif.
Voir la réponse de Stratégie Internet (30/11/98).