Le programme électoral de l'ADQ en matière d'inforoutes n'a guère été analysé par les médias. C'est bien dommage, car il mérite autant notre attention que certains éclaircissements.
Lors d'une entrevue accordée mercredi dernier à Multimédium, Marie Grégoire, candidate de l'Action démocratique du Québec (ADQ) dans le comté de l'Assomption, a bien voulu développer sa vision d'« un Québec 100 % branché », thème d'une audacieuse politique en matière d'inforoute dévoilée le 9 novembre.
Premier constat: bien que le gouvernement péquiste ait fait le louable effort de mettre ce dossier à l'ordre du jour, le fait de le confier au ministère de la Culture et des Communications, selon Marie Grégoire, traduit son manque de leadership. « Il est fondamental que le Québec prenne ce virage (...) qui est éminemment économique », explique-t-elle. Le centre de contrôle devrait donc se situer près du sommet du gouvernement et avoir plus d'impact sur les différents ministères.
Côté libéral, madame Grégoire se dit déçue: « on nous parle d'une politique de l'innovation mais il n'y a rien d'écrit. On ne sent pas que ces gens-là sont conscients que ça se passe actuellement. »
Constat suivant: aux yeux de l'ADQ, le virage vers une économie du savoir fortement basée sur les NTIC et le réseau Internet ne concerne pas que les entreprises de pointe, mais également les PME traditionnelles qui constituent l'épine dorsale de notre économie. Dans ce contexte, l'État animateur et catalyseur se doit d'accélérer le branchement des citoyens, des entreprises et du gouvernement. Pour que cela fonctionne, il doit développer parallèlement, en partenariat avec le secteur privé, une gamme de services pratiques (exemple: renouvellement du permis de conduire en ligne, comme en Ontario) donnant aux citoyens le goût d'utiliser le réseau à des fins pratiques.
Le WebTV? « C'est une technologie connue et ça va être moins cher » mais ce n'est pas la panacée pour l'ADQ. Ainsi, le gouvernement devrait déployer des bornes Internet « pas seulement dans les bibliothèques publiques » et favoriser l'utilisation des nouvelles technologies dans les PME par un puissant incitatif fiscal – un abattement de 150 % – sur toutes leurs acquisitions. L'État ne serait pas perdant, croit le parti de Mario Dumont, puisque cet abattement s'appliquerait à de nouvelles dépenses suscitant de nouveaux revenus.
La privatisation de Télé-Québec? Elle dégagerait les ressources (60 millions de dollars par an) permettant de soutenir l'effort de mise en réseau des services gouvernementaux ainsi que la création de contenus québécois et d'applications d'affaires. « Quand c'était l'ère de la télévision, affirme Marie Grégoire, il fallait développer une expertise télévisuelle, être un accélérateur. (...) Maintenant, on a besoin d'accélérer autre chose et il faut aller récupérer nos billes. » De plus, croit-elle, cette privatisation pourrait s'effectuer dans de bonnes conditions à condition de rechercher, sans oeuillères, la meilleure solution.
En ce qui concerne la politique actuelle des CDTI et de la Cité du multimédia, la jeune candidate en endosse le principe mais pas la méthode: « Dire qu'on va supporter les entreprises en développement, oui. Mais c'est pas vrai qu'on va toutes les mettre dans une boîte, qu'on va brasser la boîte et que ça va être meilleur. » Prônant le « décloisonnement », Marie Grégoire n'a rien contre la masse critique, mais croit qu'il est important que l'État fasse en sorte que chacun sente que « c'est ici que ça se passe », quelque soit le lieu choisi pour y déployer son énergie.
Surtout, elle convie le gouvernement à ne plus faire une seule réforme économique et sociale sans l'assortir d'un volet "Nouvelles Technologies", ne serait-ce que pour favoriser une véritable décentralisation. Et si, par bonheur, Marie Grégoire est élue députée, elle n'imagine pas de siéger en Chambre sans son ordinateur portable...
Plus de détails dans notre dossier Élections 1998.
On en parle dans le forum Élections de La Toile du Québec.