Diamond Multimedia a remporté sa bataille contre le lobby de l'industrie américaine du disque qui voulait interdire la commercialisation de son nouveau lecteur MP3 de poche.
Alors que le Congrès américain venait d'approuver le traité international sur la protection des droit d'auteurs d'oeuvres musicales, deux groupes de pression représentant 90 % des producteurs de musique américains, la Recording Industry Association of America (RIAA) et l'Alliance of Artists and Recording Companies (AARC), déposaient le 16 octobre une injonction pour suspendre la sortie du Rio PMP300 fabriqué par Diamond Multimédia.
Cet appareil est le premier lecteur portable de musique numérique au format MP3. Il doit sortir fin novembre, avant les fêtes de Noël, et coûtera 199 dollars US. Plus petit qu'une cassette audio, il emmagasine jusqu'à 60 minutes de musique numérique avec la qualité proche du CD que lui confère le format MP3. Les fichiers étant enregistrés sur mémoire flash, il ne sourcille pas sous les chocs et une simple pile AA suffit à le faire jouer pendant 12 heures.
Les sites Web proposant le téléchargement gratuit de fichiers audio au format MP3 commencent à pulluler sur le Net. Très compact et de haute qualité, ce format ouvre la voie à la diffusion massive de musique par Internet et permet en outre à des artistes peu connus ou marginaux d'échapper aux contraintes imposées par les producteurs établis en s'adressant directement à une très vaste audience. Le micro-paiement aidant, il y a là matière à une transformation radicale de l'industrie.
S'appuyant sur le Home Audio Recording Act de 1992, celle-ci exigeait que Diamond paie une redevance pour chaque appareil vendu. Au même titre que la cassette, en effet, mais avec la qualité numérique en plus, le Rio aura pour conséquence d'accroître la circulation d'oeuvres musicales piratées à partir du réseau Internet ou de CD-ROM.
Or, la loi américaine oblige les fabricants de matériel à munir leurs appareils d'enregistrement numérique d'un système de gestion des droits d'auteurs en série (Serial Copyright Management System, ou SCMS), ce qui n'est pas le cas du Rio. Un tel système intercepte le « copy bit » signant la copie originale et empêche alors sa duplication.
Seulement voilà: le Rio n'est pas muni d'une sortie ligne numérique. Une fois enregistrés sur sa cartouche de mémoire flash à partir d'un ordinateur, les fichiers ne peuvent qu'être écoutés en mode analogique. La Cour de Los Angeles a donc conclu qu'il ne viole pas la loi, étant « incapable de transmettre des fichiers musicaux numériques à d'autres appareils Rio ou d'un autre fabricant ».
En d'autres termes, le Rio ne peut servir à la reproduction illicite d'oeuvres musicales, même s'il facilite le transport d'oeuvres piratées. Il y a là toute une différence légale. Ce qu'il faudrait interdire, en fait, pour apaiser les craintes des maisons de disques, c'est l'Internet et les ordinateurs. Bonne chance!
Au final, cette opération aura fait une bonne pub au petit appareil « révolutionnaire » de Diamond et démontré une fois de plus que le développement technologique finit toujours par contourner les contraintes juridiques.
Quant à l'industrie musicale, elle est plus que jamais confrontée à une évolution forcée remettant rapidement en cause ses structures profondes. Le lecteur MP3 sonneta-t-il le glas pour elle, réussissant là où le Mini-Disc numérique a échoué?
Plus de détails dans la dépêche de l'AFP.
Voir les communiqués de Diamond, dont celui de la victoire.