On reproche à Microsoft d'avoir utilisé Windows comme levier pour conquérir Internet? Le même type de scénario se répétera l'an prochain dans le secteur des cartes à puces.
Paul Maritz et Craig Mundie, le vice-président de la division plateforme et développement de Microsoft, ont profité du 13ème salon européen de la carte à puces, Cartes 1998, pour dévoiler une nouvelle orientation stratégique lourde de conséquences.
Vers le milieu de l'an prochain, en effet, le chef de file mondial de l'industrie du logiciel lancera la version finale de Smart Cards for Windows (cartes à puce pour Windows), une solution logicielle d'interconnexion entre les applications Windows et les cartes à puce assortie d'une norme pour les lecteurs de cartes compatibles avec ce système. La version bêta de la technologie sera disponible pour les développeurs dès janvier 1999.
Selon Microsoft, Smart Cards for Windows est un système d'opération « multi-application » 8-bits pour cartes à puce qui a été conçu (et c'est le bon côté de la chose) avec ces quatre priorités en tête:
- faire de la carte à puce une extension fiable de l'environnement PC en termes de connectivité et d'outils de développement.
- offrir une plateforme de développement logiciel familière aux développeurs et largement supportée.
- Offir aux émetteurs de cartes un vaste de choix de fournisseurs leur proposant les différents composants (et payant tous la license Microsoft, bien sûr).
- Fournir les systèmes à carte à puce au meilleur prix afin d'encourager leur utilisation et leur développement. On parle d'environ deux à quatre dollars US par carte, contre 15 dollars actuellement.
D'entrée de jeu, Microsoft ne cache pas les fondements de sa stratégie: «
L'industrie des cartes à puce est vraisemblablement la prochaine grosse affaire [pour l'industrie informatique]
. Elle a les mêmes potentiels qu'Internet mais offre l'avantage supplémentaire d'une base installée se chiffrant par millions. » Et de quelle base parle-t-on? Du parc mondial de PC fondés sur le couple technologique Windows/Intel, bien sûr.
Plus d'un milliard de cartes à puce étaient en circulation l'an dernier, relève Microsoft, principalement en Europe et en Asie. Leur présence connait par ailleurs une forte croissance aux États-Unis. On estime que le nombre de cartes en circulation dans le monde pourrait grimper à 2,7 milliards d'ici cinq ans, investissant de nombreux champs dont les plus importants seront les applications de pré-paiement et le contrôle d'accès.
Mais, poursuit le communiqué, « Malgré les projections de croissance, l'industrie des cartes à puce en est à un stade de développement similaire à celui de l'industrie informatique à ses débuts. La carte à puce s'est historiquement fondée sur divers systèmes propriétaires qui rendent difficile le développement d'applications convenant à une grande variété de modes de vie et adaptables au monde entier. »
Nous y voilà! Smart Cards for Windows, en revanche, introduira une plateforme de développement et des protocoles standardisés, fort bien connus des développeurs – même s'ils ne sont pas moins « propriétaire ». Ainsi, grâce à l'hégémonie quasi totale des environnements Windows, aucune mamelle technologique de la nouvelle économie n'échappera à Microsoft: authentification, transactions virtuelles, applications bancaires, programmes de fidélisation, etc.
Comme l'histoire se répète, plusieurs partenaires imposants ayant déjà investi d'énormes sommes en recherche et développement dans les cartes à puce se sont joint au « Big Brother » de l'industrie, donnant d'autant plus de poids à son annonce. Applaudissons notamment les deux chefs de file européens du secteur: Schlumberger (adieu les cartes Java?) et GemPlus. Par ailleurs, plusieurs grandes entreprises, dont la financière américaine Merrill Lynch, participeront aux tests pilotes...
Morales de l'histoire...
1) On n'a pas fini d'entendre dire que Microsoft n'a rien inventé tout en ayant indéniablement l'art et la manière de transformer l'invention pure en innovation technico-commerciale à grand succès.
2) Les Européens s'en mordront sans doute les doigts dans cinq ans, eux qui ont inventé la carte à micro-processeur, mais il sera alors sans doute trop tard.
3) Quant aux poursuites du Département américain de la Justice, il faut se rendre à l'évidence: quelle que soit l'issue du procès en cours, il s'agit d'ores et déjà d'une bataille rétro-active et il faudrait peut-être bien surveiller de très près ce qui s'en vient...
Voir la dépêche de l'AFP.
Ainsi que la nouvelle de News.com.
Plus de détails dans le communiqué.
L'histoire de la carte à puce selon Bull.
Un site francophone de référence en la matière.