Les supporters de Linux réfutent les arguments avancés par M. Chardon, directeur général de Microsoft France, pour relativiser les chances de Linux auprès du grand public.
Dans une lettre ouverte que nous mettions en ligne mardi dernier, M. Chardon estimait que le système d'exploitation Linux, présenté par certains comme le seul espoir d'alternative à la standardisation de Microsoft Windows dans l'univers des PC, « ne répond pas aujourd'hui aux exigences de la plupart des entreprises, et encore moins du grand public. »
Ce matin, c'était au tour de l'Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres (AFUL) d'y aller de sa réponse en forme de lettre ouverte. M. Chardon, peut-on lire, « critique l'abus des rumeurs et des assertions non etayées par des études », mais son argumentation, « truffée d'erreurs factuelles et d'approximations peu judicieuses », révèle « une profonde méconnaissance à la fois des possibilités actuelles du système et de son mode de développement. »
L'association estime que, loin d'être un projet sans chef, Linux a vu la taille de son noyau doubler en deux ans, supporte maintenant 8 familles différentes de microprocesseurs, bénéficie du soutien de grandes sociétés informatiques et fait un malheur dans le domaine des serveurs d'entreprises. Sa bonification et, donc, sa pénétration dans le grand public ne sont qu'une question de temps et résultera de l'attention que voudront bien lui accorder tous les acteurs de l'industrie.
Surtout, l'AFUL estime que la transparence des logiciels libres est un critère pertinent pour la majorité des utilisateurs puisque la disponibilité des sources, si elle ne concerne au premier chef que les programmeurs, bénéficie au final à toute les utilisateurs: « Les logiciels produits selon ce modèle sont, c'est maintenant un fait acquis, stables, sécurisés, performants, ouverts (notamment à la concurrence) et conformes à des standards pérennes. »
Idem pour la gratuité, que M. Chardon, balayait du revers de la main comme non pertinente pour les utilisateurs: l'AFUL estime qu'il se trompe lourdement dans au moins quatre secteurs:
Celui des ordinateurs multimédia personnels d'entrée de gamme, où le prix d'un système d'exploitation commercial peut représenter de 10 à 40 % du prix.
Celui des systèmes embarqués dans les produits électroniques grand public.
Celui des pays émergents.
Et, enfin, celui des institutions (écoles, associations) qui souhaitent tirer le meilleur parti de matériels relativement anciens.
Bien sûr, le grand public sera plus long à conquérir, admet l'AFUL. Mais « il lui est déjà possible de se faire une opinion en installant Linux en "double amorçage" » en attendant que « les éditeurs de logiciels, notamment multimédia, se décident à proposer des produits qui soient indépendants des plates-formes. »
Reste à savoir si les enjeux seront jugés assez graves par ces derniers, qui voient d'un assez bon oeil l'imposition du standard Windows qui facilite la production et la commercialisation de leurs produits. Ce qu'il faudrait, pour que les espoirs de l'AFUL se réalisent, c'est un profond changement de philosophie, une vision plus large et à plus long terme. Le défi est lancé...
Christian Aubry