Le directeur général de Microsoft France est monté hier au créneau pour défendre son entreprise contre « l'autre procès » qu'elle subit actuellement dans les médias francophones.
Dans une longue lettre ouverte « à nos milliers de clients, nos milliers de partenaires, accusés d'être de bien candides victimes », Marc Chardon réplique (sans le nommer) à Roberto Di Cosmo dont les arguments, exposés dans Piège dans le cyberespace, sont développés dans le livre qu'il signait récemment en compagnie de la journaliste Dominique Nora.
« Nous ne contestons pas que l'on puisse critiquer l'entreprise, écrit-il, mais les moyens utilisés parfois pour le faire. » Puis il réplique aux principaux reproches adressés à Microsoft:
Le manque d'invention – Le rôle de Microsoft n'est pas d'inventer mais de transformer une invention en produit innovant. De même, le rachat de start-ups s'inscrirait dans le contexte de « l'évolution rapide de la technologie [qui] a suscité une politique d'acquisitions de la part de toutes les grandes entreprises du secteur, et pas seulement de Microsoft. »
La médiocrité des produits – Il y aurait bien quelques efforts à faire pour corriger les bogues, mais « ce phénomène est très lié au fait que nos produits sont diffusés très massivement », affirme Marc Chardon en prélude à toute une série d'arguments.
La course au profit – Le bénéfice net de 30 % dégagé par la multinationale s'expliquerait par le volume des ventes, l'augmentation du marché, les contrats de licences entraînant une diminution des coûts (des faits que constate Di Cosmo, en tirant une analyse fort différente) la gestion rigoureuse, la politique de partenariats et le fait que Microsoft n'édite que des logiciels, alors que ses concurrents sur le marché des OS (Sun, IBM) fabriquent aussi du matériel.
Le danger pour la démocratie – Microsoft est composée de citoyens responsables et respectueux des lois; l'Internet est un système ouvert dont la prise de contrôle est impossible; Quand bien même l'entreprise contrôlerait tous les standards du réseau, ce qui n'est pas le cas, elle ne contrôlerait pas plus l'Internet que France Télécom ne contrôle les conversations téléphoniques...
Enfin, M. Chardon renvoie Linux à son laboratoire. Ce « bon sujet d'étude pour informaticiens » ne répond pas aux exigences des entreprises et du public, dit-il. Il n'a pas de chef de projet, son installation est délicate, son utilisation complexe et ses applications ne disposent souvent que de fonctionnalités limitées.
Compte tenu des événements en cours aux États-Unis, cette polémique franco-française donne à l'affaire des allures de procès... planétaire, bien que le « procès » français soit confiné à la place publique. Selon des « rumeurs non fondées qui circulent sur l'Internet ;-», Olivier Ezratty, directeur du marketing et de la communication chez Microsoft France, préparerait même un Livre Blanc répondant point par point au Hold-up de Roberto Di Cosmo.
En attendant, ceux qui ne connaissaient pas encore le nouveau directeur général de Microsoft France savent désormais à quoi s'en tenir. Il s'appelle Marc Chardon... qui s'y frotte s'y pique! ;-D
Christian Aubry
Plus de détails dans la lettre ouverte.
Pour suivre en français le procès Microsoft/DOJ au jour le jour:
Voir les actualités de Yahoo! France.
Lire les analyses de Libération.
Les documents légaux du Département du Commerce.
« L'information factuelle » dispensée par Microsoft France.
Dernière nouvelle! Voir la réponse de l'AFUL (20/10/1998).