La radio virtuelle Interactif nous donne l'occasion de revenir sur la Conférence d'Ottawa, qui pose un jalon important dans l'histoire du grand marché électronique mondial.
Cette conférence, qui a eu lieu la semaine dernière, aura peu abordé la question des infrastructures dans le Tiers-Monde, nous apprend une émission spéciale mise en ligne hier, même si le rapport final note que, « par définition, le commerce électronique a une envergure mondiale ». Kimon Valaskakis, ambassadeur du Canada auprès de l'OCDE, croit cependant qu'avec l'avènement des réseaux sans fils et la consommation d'énergie de plus en plus minime des ordinateurs, « on peut envisager une situation où, dans quelques années, branchés avec des téléphones cellulaires et des ordinateurs pas chers, on puisse vraiment démocratiser toutes ces technologies – alors qu'il y a 30 ans, ce n'était pas possible. »
Francis Lorentz, président de la Mission Commerce Électronique, Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie en France et auteur d'un important rapport sur les inforoutes, est d'accord jusqu'à un certain point: « Il y a un danger grave que l'écart s'accroisse entre ceux qui sont bien équipés et ceux qui ne le sont pas. Or, on a très peu discuté de cela. »
Les vrais enjeux, à cette conférence de l'OCDE (qui rassemble les 29 pays les plus riches de la planète), étaient plutôt situés quelque part entre l'Europe et les États-Unis. M. Lorentz affirme avoir eu une « surprise positive » à Ottawa: « Les esprits ont évolué depuis un an (conférence de Turku) où il n'y en avait que pour le marché. Or, le marché, ça ne fonctionne bien que s'il y a un certains nombre de règles du jeu, de lois codifiées, qui donnent confiance tant aux consommateurs qu'aux marchands. Il faut qu'ils se sentent protégés. »
C'est donc notamment de cela qu'il a été question. On a beaucoup parlé de fiscalité, de taxation, de protection de la vie privée et des droits des consommateurs, comme l'explique Yves Leclerc, co-éditeur des CLES du commerce électronique qui a co-produit l'émission: « L'idée majeure, c'est d'embarquer les consommateurs, de leur donner confiance dans ces systèmes-là. » Et ce qui aura facilité la chose, c'est que « tous les intervenants majeurs étaient assis autour de la même table (ministres, associations, syndicats, industriels...) et se sont dit ce qu'ils faisaient. (...) On passe du stade de l'identification des problèmes à celui de l'étude des solutions »
Dans ce contexte, les principales orientations adoptées à Ottawa sont:
L'adoption d'une entente (au moins provisoire) sur la fiscalité; il n'y aura pas de nouvelle taxes, mais les taxes locales s'appliqueront dans le pays où le bien est consommé. Pour le consommateur, c'est plus simple, note Yves Leclerc, en se demandant cependant si l'on devra en arriver à une « chambre de compensation internationale de la taxation ».
Un encadrement de l'autorégulation du secteur privé en ce qui concerne la protection des consommateurs et des données personnelles, qui rejette toujours l'approche réglementaire mais pas celle de la supervision.
Le ministre canadien John Manley peut se féliciter à bon droit d'avoir joué un rôle proactif dans ce dossier. Force est de constater que le Canada, sans être nécessairement le meilleur pays au monde ni le plus branché, comme on se plait souvent à le dire, peut dispenser à ses partenaires certains bienfaits résultant de sa position d'intermédiaire entre l'Amérique et l'Europe, l'anglais et le français, les pays riches et le Tiers-Monde.