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Comment Microsoft à tenu Intel à distance de Java.

Canoë 
26/08/1998 16h45 

Selon le New York Times, les procureurs du Département américain de la Justice s'intéressent à des mémos internes rédigés chez Intel en 1995 faisant état d'intenses pressions exercées par Microsoft contre son puissant allié.

À l'époque, Netscape tenait le haut du pavé virtuel d'Internet et fondait beaucoup d'espoir sur Java, le langage de programmation multiplateforme inventé par Sun Microsystems. Une série de mémos remis aux enquêteurs par des employés d'Intel démontreraient que le leader mondial des microprocesseurs envisageait d'inclure une machine virtuelle Java dans ses produits. Cette innovation aurait grandement renforcé la stratégie de Netscape et pénalisé celle de Microsoft, dont le plan d'invasion d'Internet était en gestation sans être encore connu du grand public – il ne sera dévoilé qu'en décembre 1995.

Le 2 août 1995, la haute direction d'Intel et de Microsoft tinrent une réunion de trois heures à huis clos au siège social d'Intel, à Santa Clara, selon les documents aux mains des enquêteurs. La rencontre avait pour but d'échanger des informations sur les stratégies respectives des deux entreprises, notamment dans les secteurs du multimédia et d'Internet.

Intel voulait ajouter à ses microprocesseurs différentes couches logicielles entrant en conflit avec les plans de Microsoft, comme le Native Signal Processing (NSP), dont la presse avait abondamment parlé à l'époque, mais également la technologie Java, ce que l'on ignorait. Or, une machine virtuelle Java dans les puces d'Intel aurait, dans une certaine mesure, rendu les ordinateurs en réseau plus indépendants du système d'exploitation.

Selon l'un des mémos d'Intel, Bill Gates aurait été « livide » d'apprendre les vélléités d'investissement d'Intel dans ces secteurs et voulait les bloquer à tout prix. « Gates ne voulait pas que les 750 ingénieurs des Intel Architecture Labs (IAL) interfèrent avec ses projets de domination de l'industrie du PC, résume l'un des mémos. Il lança de vague menaces au sujet du support d'autres plateformes et, le même jour, annonça un programme majeur pour supporter le microprocesseur Alpha fabriqué par Digital Equipment, un concurrent d'Intel. » En clair, Microsoft menaçait de développer des versions de Windows et d'autres technologies pour les plateformes matérielles concurrentes d'Intel.

Selon Microsoft, les enquêteurs gouvernementaux tentent de dépeindre cette rencontre de routine comme une tentative de conspiration anticoncurrentielle, démontrant à quel point leur cause serait désespérée. N'empêche que si cette preuve se confirme, elle indiquera jusqu'où la firme de Redmond était prête à se rendre pour éliminer Netscape, ce qui constitue le point central du procès dont la première audience doit avoir lieu le 23 septembre.

Ce sera à tout le moins la preuve que les agissements de Microsoft ne favorisent l'innovation que lorsqu'elle sert ses desseins, quitte à démolir celle de ses propres alliés. C'est d'autant plus dommage qu'une version de Windows pour les processeurs Alpha aurait peut-être évité à Digital de se faire avaler par Compaq.

Voir la dépêche de l'AFP.
Tous les détails dans le New York Times.
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