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L'édition musicale dépasse les bornes... numériques!

Canoë 
24/07/1998 16h44 

L'édition musicale pourrait se trouver aussi transformée par l'ère numérique que l'édition littéraire. Plus discrets que les cyber-libraires et se tenant loin d'Internet, les marchands de cyber-partitions n'en sont pas moins efficaces et perfectionnent tranquillement leurs technologies.

En fait, le phénomène n'est pas nouveau. Quelques éditeurs musicaux ont déjà tenté l'expérience de la vente de partitions numériques par Internet mais ils ont vite abandonné, leurs principaux clients reproduisant illégalement les produits pour les revendre. Mais un modèle économique viable émergea en Californie au début des années 90, lorsqu'un éditeur de livres chrétiens (CRC) eut l'idée de diffuser des partitions via un réseau de bornes interactives en dépôt dans les magasins de musique.

C'est ainsi qu'une nouvelle société, MusicWriter, entama le déploiement de son réseau de kiosques NoteStation en septembre 1992. Ces bornes communiquent par modem avec un serveur qui leur transmet en retour les fichiers demandés. Le système imprime les feuilles de musique mais peut également produire des disquettes contenant la musique sous forme de fichiers MIDI. La dernière génération de NoteStation produit même des cassettes d'accompagnement style karaoké! Plus de 300 de ces engins fonctionnent aujourd'hui aux USA et au Canada.

Au milieu de la décennie, le succès était suffisamment tangible pour attirer les deux plus gros éditeurs de musique au monde, EMI et Warner/Chappell Music, qui y investirent d'importantes sommes. L'idée était même assez mûre pour franchir l'Atlantique et s'implanter en Europe. Une première filiale fut créée au Royaume-Uni en 1995 dans le but d'y commercialiser le système.

En France, le directeur du Conservatoire Régional de Metz, Claude Poletti, s'associa au destin de Music Writer Europe qu'il représente auprès du Syndicat des producteurs de phonogrammes informatiques (SPPI) dont il est secrétaire général. Il fonda sa propre entreprise en 1995, Interactive Music Company (IMC), spécialisée dans la numérisation de partitions et de séquences MIDI. Ainsi, les catalogues français (Warner Bros France, Bloch-Erben, Barclay, IMP, Carich, Paul Beuscher, Fortin...) s'ajoutent aux catalogues anglo-américains.

La borne interactive française a un look plus élégant (bien qu'évoquant vaguement un bol de toilette :-) que son homologue américaine et porte le nom de PointMusic. Elle ne verse pas encore dans le karaoké mais, en revanche, offre un mode de prépaiement dernier cri par carte à puce. Les partitions et les fichiers musicaux subissent un tatouage informatique les rendant uniques, ce qui réduit les risques de piratage.

IMC a dégagé ses premiers bénéfices l'an dernier. Elle emploie 11 permanents et 45 « télémusiciens » indépendants. Ces passionnés des deux claviers – piano et ordinateur – travaillent de chez eux et peuvent espérer gagner, à plein temps, entre 8 000 et 12 000 francs par mois (2 000 à 3 000 dollars canadiens).

Voir la dépêche de l'AFP.
Détails et entrevue de Claude Poletti sur Cyberworkers.
Voir aussi l'historique de MusicWriter.
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