Le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord, plus connu sous son sigle anglais de NORAD, pourrait servir de modèle à un dispositif de défense du cyberespace nord-américain. Des discussions doivent débuter dans une dizaine de jours à ce sujet entre le Canada et les États-Unis.
Le ministre de la Défense Art Eggleton a officialisé cette idée le 28 mai dernier lors d'un déjeuner organisé par l'AFCEA Canada: « Nous travaillons également, en tant que membre du NORAD, à incorporer les opérations d'information dans le document de base de la sécurité nord-américaine. Cela pourrait évoluer en accord pour le défense du cyberespace nord-américain d'une ampleur similaire à l'accord du NORAD pour nos espaces aériens. »
La doctrine de la "Guerre de l'Information" n'est pas nouvelle. Elle vise à « la préservation de sa propre information et de ses propres systèmes informatiques tout en exploitant, rompant ou niant l'utilisation de l'information et des systèmes informatiques de l'adversaire ».
Selon le ministre, la guerre de l'information pourrait tenter des organisations terroristes ou des États, disons, facétieux. Elle comporte moins de risques que la guerre conventionnelle, coûte infiniment moins cher et elle est à la portée de n'importe qui possédant les connaissances et le matériel nécessaire. À lire son discours, on pourrait imaginer une nouvelle race de mercenaires en T-shirts rompus aux techniques de guérilla informatique.
La tempête de verglas de l'hiver dernier a mis en lumière la paralysie que pourrait provoquer une attaque sur ces infrastructures vitales que sont deveneus les réseaux de télécommunications: les banques, les transports et la plupart des industries s'en trouveraient affectées. Et le ministre note avec ironie que « nos prouesses technologiques nous a rendu puissants mais [que] notre grande interconnectivité nous a [du même coup] rendus vulnérables. »
Le ministre Eggleton a rencontré son homologue américain au printemps pour discuter de ces questions qui inquiètent également au plus haut point Washington. Et cette coopération, qui concerne dans un premier temps les États-Unis et le Canada, pourrait être étendue ensuite aux autres pays membres de l'OTAN.
Entre temps, le ministère canadien de la Défense a formé un groupe d'intervention spécial (le Canadian Forces Information Operations Group) pour travailler à la protection des systèmes d'information de l'armée et maîtriser la guerre électronique, ainsi qu'une équipe d'évaluation de vulnérabilité du réseau pour mener des tests de sécurité. Un groupe d'intervention rapide doit également être créé cet été afin de parer à toute éventualité.