Exit la Coupe du monde 1998, dernière frénésie footballistique du XXème siècle. Cette grand-messe télévisée aura provoqué un sursaut de convivialité planétaire au coeur d'une époque que l'on dit froide, individualiste, éclatée.
Les Jeux olympiques à l'américaine ou à la japonaise sont des machines si bien huilées qu'elles en deviennent insipides, sauf pour les mordus du sport et les bouffeurs de statistiques, bien sûr. C'est le Mondial de soccer qui, tous les quatre ans, soulève véritablement les foules planétaires et leur fait redécouvrir, malgré les différences culturelles et la distance, le goût de la fête collective et spontanée.
À Montréal, cela faisait longtemps que l'on n'avait pas vu la rue Saint-Denis barrée pour cause d'attroupements spontanés devant des devantures de cafés. Des écrans de télé étaient placés sur les trottoirs tellement les bistros étaient pleins à craquer. Après le dernier match, hier soir, partisans francophones et lusophones se sont donné la main sans rancune, défilant à l'unisson d'une même fête: foot, spectacle, télé.
En comparaison, les Jeux olympiques sont d'une froideur extrême. D'abord, ils décrivent une course sans fin vers des sommets toujours plus élevés de performances vides de sens. Qu'est-ce que cela peut bien faire, au fond, que le record du 200 mètres soit battu d'un centième de secondes? Seule une calculatrice pourrait s'émouvoir, si elle en était capable, d'un tel exploit. Et quelle performance singulière peut vous prendre par les tripes lorsque les disciplines foisonnent et s'entrechoquent à qui mieux mieux?
La masse d'informations, de résultats et de records distillée par les J.O. convient parfaitement à ce médium froid qu'est Internet, champion toutes catégories de la gestion de bases de données. C'est un formidable outil d'information personnelle mais il faut reconnaître que son mode de diffusion personnalisé n'en fait pas un grand rassembleur. Le web, c'est l'information éclatée.
Le Mondial de soccer, lui, nous convie à un seul spectacle et un seul but: la Coupe. Les matches ressemblent à nos vies quotidiennes: travail d'équipe face à la concurrence. Au terme du tournoi, les résultats sont clairs: un pays vainqueur, une équipe, un trophée. Et un médium spectaculaire par excellence, la télé, un médium chaud et rassembleur que l'on sirote en famille, au café, d'un bord de la planète à l'autre, tous au même diapason.
On dira ce que l'on voudra du fameux « retard français » en matière de nouvelles technologies de l'information; n'empêche que ce Mondial 98, spectacle impeccable (malgré les hooligans et le chauffard fou des Champs-Élysées qui a blessé quatre-vingt personnes la nuit dernière), fut un bel exercice de communication planétaire.
Christian Aubry