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Pub Internet: un modèle remis en cause.

Canoë 
10/07/1998 16h44 

La rentabilité publicitaire tant espérée des sites Internet commence à être remise en cause aux États-Unis et la question se pose avec encore plus d'acuité dans la francophonie.

Un article du San Jose Mercury News relevé par les Chroniques de Cybérie de cette semaine met à mal le modèle défendu par les émules de Jupiter Communications et de l'Internet Advertising Bureau (IAB, qui sortait récemment un rapport optimiste) voulant que la progression du chiffre d'affaires publicitaire sur Internet continue de croître indéfiniment.

En substance, certains consultants interrogés par le Mercury News remarquent que le taux d'invendus sur le web a grimpé de 30 à 40 % récemment. Plus le web grossit, plus le nombre de pages disponibles augmente. Résultat: les espaces publicitaires sont plus nombreux que les annonces potentielles. Le web étant virtuellement illimité, on tombe dans un marché où c'est l'acheteur qui fait la loi et de nombreux éditeurs risquent de se retrouver rapidement au bord de l'asphyxie.

Les éditeurs purement web risquent de se retrouver aux prises avec des déficits tels qu'ils ne pourront plus vivre de l'éternel espoir que des jours meilleurs arrivent. Seules les compagnies très riches (comme Zapata) et les medias traditionnels, selon cette analyse, resteraient en lice, ne serait-ce que parce que d'ici cinq ans les dévelopements technologiques auront totalement modifié le rapport de nos sociétés à l'information. C'est alors seulement que les profits réels commenceront.

Une lettre envoyé au M@nde Informatique par Pierre Col, directeur marketing de Jet Multimédia, replace ce débat dans la francophonie, un marché d'à peine 80 millions de personnes bien moins connectées au Net que les populations anglophones.

M. Col se livre à un petit calcul. À raison de trois millions d'internautes francophones voyant quatre bandeaux de pub par jour, il estime à un milliard de francs le chiffre d'affaires potentiel de notre toile, soit bien moins que celui du Minitel (3,4 milliards) et en conclut que « la publicité ne pourra à elle seule financer la production de contenus francophones, elle constituera tout au plus un revenu d'appoint ».

Loin d'être inintéressant, ce point de vue est biaisé pour au moins deux raisons. D'une part, le nombre de francophones branchés devrait croître radicalement, élargissant d'autant le gâteau. D'autre part, la société de M. Col gère le service France Explorer, un accès Internet facturé à la durée. Il n'est donc pas étonnant qu'il avance comme solution « la vente directe des informations et des programmes interactifs au consommateur » par l'intermédiaire du Kiosque Micro.

Quoiqu'il en soit, les mutations économiques ne sont faciles nulle part et toutes les réflexions sont les bienvenues. À cet égard, signalons à notre tour la naissance d'une liste de diffusion française sur le marketing et la publicité online (sic) et rappelons les travaux du Comité publicité du FIM, à Montréal, qui devrait aboutir à ses premières réalisations concrètes à l'automne.

Voir l'article du San Jose Merury News.
Voir la lettre de M. Col dans Le M@nde informatique.
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