En cette période de grands déménagements, le service de consultation anticipée des annonces d'offres de logements proposé en ligne par l'hebdomadaire Voir soulève un point d'éthique qui mérite d'être commenté.
Le service Accès Plus permet en effet, moyennant 10 dollars par semaine, de recevoir par courrier électronique la liste complète des annonces de logements à louer le mercredi avant 10 heures, soit une journée avant leur publication en format papier. Cela induit, selon certains observateurs, une certaine « discrimination » entre inforiches et infopauvres, les individus bénéficiant d'un accès Internet ayant accès aux meilleures offres avant les autres.
« Il faut faire attention avec les mots, met en garde Alain Gervais, directeur des opérations Internet de l'hebdomadaire. Est-ce que le quotidien La Presse est discriminatoire parce qu'il faut l'acheter pour accéder à ses annonces classées? Voir, lui, est diffusé gratuitement chaque semaine à 100 000 exemplaires... »
Justement! Voir offre, dans sa version papier, le service d'annonces classées à l'accès le plus universel qui soit, à Montréal et à Québec. Pourquoi introduire une ségrégation par le biais d'Internet? Faux problème, selon Alain Gervais: « Les gens vraiment débrouillards vont quand même y accéder. Il y a les cafés électroniques, les points d'accès communautaires. D'ailleurs, beaucoup de gens qui cherchent un logement font la ligne devant le journal à neuf heures le jeudi matin pour avoir leur copie parmi les premiers. On présume qu'ils ne travaillent pas à cette heure-là. Les gens qui travaillent à neuf heures doivent-ils se sentir victimes de discrimination? Non. Si on avait le monopole sur les logements à louer, ce serait différent. Mais ce n'est pas le cas. »
« Il y aura toujours des gens pour se plaindre d'un tas de choses, poursuit-il. On a reçu des lettres critiquant ce service quand il était gratuit et qu'il recevait 3 000 visiteurs, on en reçoit encore maintenant qu'une cinquantaine de personnes le consultent seulement, justement pour se plaindre du fait qu'on l'a rendu payant. D'autres n'aiment pas la publicité insérée sur le site. Mais nous, on développe pour eux des contenus, des services, et il faut bien trouver le moyen de les rentabiliser. »
La cyberboutique Voir arrive!
Dès la semaine prochaine, les esprits égalitaristes risquent de s'échauffer encore un peu puisque le site Voir va s'enrichir d'une cyberboutique où l'on pourra acheter en quelques clics les livres et CD passés en revue par les journalistes de la publication. Pourtant, aucune pression ne sera exercée sur ceux-ci, nous assure-t-on. Ils resteront totalement libre de parler, en bien ou en mal, ou de ne pas parler du tout de tel ou tel artiste. Si les titres sont disponibles à la Librairie Champigny, fournisseur exclusif de la cyber-boutique Voir, ils seront entrés dans la base de données, un point c'est tout.
Face au peu d'intérêt que la plupart des détaillants éprouvent encore pour la publicité sur Internet, de plus en plus de sites éditoriaux auront tôt ou tard à recourir ainsi à un « mix » publicité, commandite et cyber-commerce.
Une étude révélatrice
À cet égard, l'étude récemment publiée par le Conseil canadien du commerce de détail (RCC) est révélatrice. Les médias imprimés arrivent en tête (63 %) des supports publicitaires plébiscités par les détaillants canadiens, devant la publicité postale (29 %), les panneaux extérieurs (23 %), la radio (21 %), la télévision (10 %) et le télémarketing (2 %). L'Internet n'est même pas cité!
Mais il est vrai que cette étude à réponse volontaire n'a rien de scientifique (50 % des répondants sont Ontariens contre... 7 % de Québécois!) et que, par ailleurs, les deux tiers des chaînes de détaillants mettent l'Internet au premier rang des canaux de distribution hors magasin pour les années à venir.
Télécharger ce rapport d'étude (format PFD, 287 Ko).