La récente mise à jour de la biographie de Bill Gates signée en 1995 par Daniel Ichbiah montre bien les avantages de l'édition en ligne.
Disponible uniquement aux Éditions 00h00 en format PDF ou en impression sur demande, cette nouvelle version est enrichie de trois nouveaux chapitres racontant les péripéties de la reconquête d'Internet et exposant les dessous de l'affaire opposant Gates à Janet Reno, Microsoft au Département de la justice, tant au plan politique que technologique.
Une telle réédition serait bien entendu possible dans le monde de l'édition classique mais beaucoup plus coûteuse. Avec un peu d'imagination, on entrevoit les développements potentiels de l'édition de demain qui s'apparentera sans doute au mode actuel de distribution des logiciels. Ainsi, on pourrait concevoir d'acheter la version 1.0 d'un livre traitant d'un sujet brûlant d'actualité et de se procurer, moyennant un frais de mise à jour ou de souscription, les versions 1.5, 2.0, 2.5, etc, au fur et à mesure que l'histoire avance.
On imagine aisément les profits que pourraient tirer de ce nouveau mode de distribition éditeurs et, surtout, journalistes et écrivains. Ces derniers pourraient surfer sur l'autorité acquise dans un champ donné pour étirer la durée de vie de leur production intellectuelle, enrichie périodiquement de nouveaux chapitres collant étroitement à l'actualité. Les « mises à jour mineures » pourraient être gratuites, comme c'est le cas pour les logiciels, tandis que les refontes plus conséquentes feraient l'objet d'une nouvelle vague de commercialisation.
Ainsi, l'édition en ligne ne fait pas qu'abolir les distances. Elle a également le potentiel d'étirer le temps de vie d'une oeuvre critique ou littéraire et de densifier, ce faisant, la relation existant entre l'écrivain et son lecteur.
S'il n'est pas dit que cette mutation ait quelque influence que ce soit sur la littérature elle-même, l'histoire nous enseigne qu'il y a de grandes chances pour que ce soit le cas à terme. On pourrait voir bientôt émerger de nouvelles formes romanesques dans le sillage de cette révolution technico-commerciale. Peut-être y a-t-il là les prémisses d'une « politique de la lecture » audacieuse ayant quelque chance de succès auprès de la génération Nintendo.