La question de la censure sur Internet se pose avec acuité au lendemain du dépôt d'une loi fédérale visant à bannir la pédophilie de l'inforoute canadienne. Or, un mini-scandale éclabousse ce matin le site InfiniT de Vidéotron qui défrayait déjà récemment la chronique avec l'affaire du Couac.
Le projet de loi C-424 déposé devant la Chambre des communes vise à interdire « le recours au réseau Internet pour promouvoir, représenter ou décrire illégalement des activités sexuelles interdites avec des enfants ou pour faciliter la participation à de telles activités ». Les fournisseurs deviendraient responsables, sous peine d'amende et de retrait d'un permis accordé par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CTRC), de l'application quotidienne de cette loi. Le Canada rejoindrait ainsi l'Allemagne, dont les tribunaux condamnaient, le mois dernier, l'ancien patron de CompuServe Allemagne à deux ans de prison avec sursis pour un tel motif.
Le mini-scandale qui érafle encore Vidéotron ce matin est d'un autre ordre. Marie-Andrée Amiot en rend compte ce matin dans le quotidien La Presse. Christine Simard, formatrice Internet pour des associations de femmes, a eu la surprise de découvrir dans le moteur de recherche Francité, associé au site InfiniT, un bandeau publicitaire à caractère explicitement pornographique en tapant simplement le mot « femme ». Suite à une première plainte, la publicité en cause s'est retrouvée associée au mot « homme ». Ce n'est que la curiosité des journalistes qui a fini par venir à bout de ce bandeau publicitaire, un retrait se traduisant par une perte sèche, pour Francité, de l'ordre de 25 000 dollars.
Dans un courrier électronique dont nous avons obtenu copie, Christine Simard explique: « Il n'est pas étonnant de trouver des sites contenant du matériel explicitement pornographique sur l'Internet et il existe un public pour ce type de site. Or, ce qui me rend perplexe, c'est de trouver ce type de publicité sur un site "grand public". Et surtout, il est tout à fait aberrant que ce type de publicité apparaisse dès que le mot FEMME est utilisé dans la recherche. »
« C'est l'Internet personnalisé », affirme Jacques Hurtubise, rédacteur en chef d'InfiniT à La Presse, précisant toutefois que « si ce type de publicité s'était retrouvé sur une page personnelle, elle aurait sauté immédiatement! » Reste que l'intervention de Christine Simard a eu les mêmes effets.
Passons maintenant de la pornographie à la haine et au racisme. Cette semaine, la page personnelle « politiquement hargneuse » de François Tessier lançait une campagne contre le site officiel des Nationalistes Québécois Aryens, logé chez TotalNet. On y trouve des perles du genre: « Allons-nous nous laisser dépouiller des trésors de notre héritage par des barbares négro-latino-asiatiques? ». Malgré les avertissements d'usage affirmant le contraire, ça ne prend pas un doctorat en sciences politiques pour comprendre que ce site comporte suffisamment d'incitation à la haine (et implicitement à la violence) pour poser un sérieux problème d'éthique à son fournisseur d'hébergement.
Curieusement, lorsque nous avons contacté hier TotalNet, on nous a répondu que le contenu des pages personnelles (bien que ce n'en était manifestement pas une) n'était pas de la responsabilité du fournisseur de service, qui s'en lavait les mains. Plus curieusement encore, on apprend ce matin que le site sera déménagé aux États-Unis, suite à des pressions exercées par le B'Nai Brith Canada. « Grâce à l'imbécile obsession de quelques anarchistes et dictateurs juifs de me faire taire, mon site a grandit afin de résister à la censure », s'insurge le webmestre anonyme.
Ce qui est ennuyeux dans cet épilogue, c'est qu'il exacerbe un peu plus la haine viscérale que ce groupuscule fasciste entretient à l'égard du peuple juif, lequel porte encore une fois (et sans jeu de mot!) le chapeau. Ne vaudrait-il pas mieux que l'ensemble de la société prenne une position claire, solidaire, responsable et concertée sur ces questions?
Voir l'article des Chroniques de Cybérie sur la loi C-424.
La Presse est consultable sur abonnement dans Cedrom-SNI.
Voir l'appel lancé par François Tessier le 14 juin.